Dans Surdoué, HPI : a-normalité.., nous avons, avec l'aide précieuse, théorique et expérientielle, de Nikos Lygéros, abordé la vue sociale du concept de HPI (Haut Potentiel Intellectuel). De la recherche basique de définition de concept, nous avons illustré qu'il était nécessaire de sortir du cadre dans lequel la société l'enferme et qu'il fallait, non réitérer ce cadre étroit au sein de sociétés spécifiques très spécialisées (car regroupant "exclusivement" des HPI par exemple) et ayant la tentation légitime et humaine de rester confinées, mais bien plutôt de tenter d'élaborer une heuristique sur cette complexité. En bref, s'intéresser au contenu et à la finalité plutôt qu'au contenant et à la forme.
N. Lygéros s'y est bien évidemment attelé : dans Sur les dangers de l'intelligence, il introduit comment la société Pi a été fondée en 1999 et sur quels principes et dans quel cadre elle fonctionne. L'architecture conceptuelle est donné par sa M-Classification. Ce document, qui se veut outil opératoire, est riche d'enseignements. Voyons çà.
Tout d'abord, il est clair que N. Lygéros souhaite, par le haut, construire un édifice : il s'interroge en premier sur la notion de génie et notamment de génie universel. De nombreux articles de son opus (en ligne) illustrent et documentent ce concept. Nous avons retenu la Nécessité de création et de découverte, comme une recherche bibliographique auprès de ces hommes et femmes qui ont inspiré sa pensée. Les plus importants sont certainement à ses yeux ceux qui, au sein de son opus, possèdent une entrée à leur nom !
M-Classification est une colonne vertébrale de l'arborescence des connaissances à saisir pour élaborer une "complexité de l'intelligence" ainsi qu'une méthode. { D'ailleurs, certains reprochent à N. Lygéros outre sa prolifique production (!), son auto-référencement assez fréquent qui débouche selon eux sur une pensée tautologique : il est plus certain que c'est le foisonnement arborescent d'articles en tous genres et sur de nombreux sujets qui crée le sentiment de confinement et d'auto-célébration intellectuelle, alors même qu'un nombre certain mais plus restreint (en mathématiques ou en philosophie) sont rigoureusement documentés et ouverts à la critique. } Il s'agit donc de méthode et les séquences décrites dans M-Classification renvoient pour la plupart à d'autres références, d'autres articles, d'autres items en arborescence ouverte.
Une méthode pour quoi ? Et bien, il semble aller de soi que cette méta-méthode, qui se veut générique, se décrit assez bien elle-même. Elle décrit aussi par nature son créateur qui depuis toujours semble se heurter à sa singularité : comment la saisir ? Il se sait intelligent, d'autres l'ont aussi ré-assuré, mais à un point où il se retrouve bien seul (cf Idées sur l'Homo Scientis, par exemple) et fort démuni par les modèles existant alors sur l'intelligence. Et si il construisait lui-même ce nouveau modèle, comme un nouveau paradigme, ouvrant l'horizon des Très Hauts Potentiels Intellectuels ?
1) il part donc de l'observable "intelligence" dont la mesure par le quotient intellectuel (Q.I.) se réduit aujourd'hui à quatre "domaines" de savoir : mathématiques, sciences, lettres, philosophie. Cette mesure donne lieu à une échelle normée donc à une quantification de l'observable (par isomorphisme). Mais N. Lygéros postule des seuils critiques correspondant à des phases qualitatives. Il étudie donc particulièrement les aspects qualitatifs liés aux seuils de rareté élevés (% de présence faible dans la population) et sur des QI élevés (supérieur à 150 ou + 3 écarts-types). (pour un simple aperçu de la notion de QI, pour un tableau reliant QI, Sigma (écart type), rareté et % de présence)
2) il définit ensuite ces aspects qualitatifs en les classant selon trois groupes : surdoué, génie et génie universel. Il rapproche ces notions de personnes célèbres. Il tente donc d'établir par analogie bibliographique un éclairage sur les trois groupes définis préalablement.
3) il définit alors les "bases" de nouveaux tests qui selon lui vont permettre de "mesurer" quantitativement ces aspects qualitatifs. Ces tests seront utilisés essentiellement pour affiner spécifiquement et discriminer un faible nombre d'individus entre eux puisque la plupart débutent à partir d'une rareté statistique supérieure à 1/1000. Nous y reviendrons en détail...
4) Ces discriminations réalisées, il est possible de réunir ensemble ces individus singuliers voire très singuliers. C'est là que N. Lygéros postule qu'il est nécessaire de sortir du cadre social "normal" pour ces individus : non pas réinventer la normalité de l'a-normalité au sein de clubs "chics" mais bien plutôt faire émerger un nouveau "modèle" : "Si le groupe est prométhéen alors c'est un modèle de l'humanité. (...) La notion de groupe s'identifie à celle de société. ". Au sein de ce raisonnement se tiennent les Principes Heuristiques que nous avons déjà évoqué (voir Principes Heuristiques ...), principes qu'il semble nécessaire d'utiliser pour arriver à cette fin.
5) Enfin, N.L. transfère tous ses axiomes au sein d'une structure sociale par un isomorphisme de groupe et établit ainsi formellement les "objets" sociaux d'une société "idéale" gérée par des individus très singuliers.
A quoi sert la méthode décrite ? A découvrir et non à conserver.
La formalisation des préceptes contenues dans M-Classification fournit une ontologie de la démarche heuristique consubstantielle à l'intelligence. Sa téléologie s'exprimant avec force au dernier point (6.7) : "L'œuvre crée l'être".
Autrement dit : l'intelligence existe (point 1) et elle s'exprime au travers de l'œuvre qui advient, nous la mesurons donc, in fine, par tout ce qu'elle permet de découvrir.
Voici bien une question/réponse ouverte !
Revenons cependant sur ces sociétés regroupant des individus à Haut Potentiel Intellectuel et leur statut : "ouverte sur le monde ou fermée" ? Par définition, une société, un regroupement d'humains, dont l'objet est clairement identifié, la finalité, les moyens, les ressources (les membres) et la production intellectuelle sont clairement visibles pour tous n'est pas une société "fermée" ni encore moins occulte. Que l'entrée soit restreinte à certains individus ne remet pas en cause le statut de système ouvert, en revanche, il existe un biais qui caractérise donc cette société. Pour prendre l'analogie avec une cellule vivante, celle-ci est un système dynamique ouvert sur son environnement et sa membrane (son "fermé") est bien le "biais", la cloison, la frontière qui la caractérise de son environnement. En d'autre termes, la coupure déplaçable entre le sujet et l'objet caractérise la dualité mais n'enferme pas cette dernière dans un schéma statique. Enfin, pour reprendre les termes de N. Lygéros, puisque toutes ces sociétés se définissent peu ou prou par leur rapport à l'intelligence, il faut examiner non leur statut proprement dit, mais ce qu'elle nous permettent de découvrir !
Cette question sur les conditions, critères, d'admission au sein de ces sociétés à Haut QI est certainement LA question cruciale qui a animé nombre de ses membres. Nous pouvons en avoir un aperçu dans ce document résumé de Darryl Myaguchi, avec beaucoup d'humour ! Enfin, l'organisation de l'information, du savoir et donc du pouvoir au sein de ces sociétés est symptomatique de leur degré d'ouverture aux autres : Kevin Langdon, membre de nombreuses sociétés regroupant des individus à haut QI (dont The Mega Society et Mensa USA) nous livre ici son manifeste pour une liberté d'expression, preuve qu'au sein de ces regroupements, les problèmes sociaux restent étonnamment similaires à ceux de la société générale !
Et si en fait, malgré ces batteries de tests, (voir ce tableau de 2000, où 60 tests sont répertoriés avec les scores minima d'entrée pour chaque société existante de l'époque (14)), l'observable "Intelligence" ne se laissait pas mesurer ? Nous reviendrons plus tard sur cette question...
Cela nous ramène à la classification initiale qualitative et quantitative des expressions de l'intelligence. N. Lygéros défend son point de vue dans ce très bel article : Ontologie et Téléologie. La synthèse lygérienne n'est pas dogmatique malgré les apparences, nous pouvons trouver d'autres sources d'études qui s'approchent des phases décrites ici : surdoué, génie et génie universel. Un document de 1987 (The Outsiders) paru chez Prometheus Society (fondée en 1982 par Ronald Hoeflin) de Grady Towers illustre ainsi les corrélations entre Haut QI, scores élevés à certains tests et fréquence de désordres mentaux et/ou sociaux dans ces populations : il apparait déjà chez Leta Hollingworth ("Children above 180 I.Q." 1942) que ce seuil de QI autour de 5 sigma discrimine fortement des comportements sociaux singuliers. Cette très forte singularité, exprimée socialement par des troubles psychologiques voire psychotiques (pour une forte partie de cette population d'après les travaux de Lewis Terman) explique aussi l'isolement de ces personnes. Il est troublant ensuite de lire N.Lygéros : "Autant le génie pouvait avoir une définition propre et au moins théoriquement indépendante de l’humanité, autant cela est impossible pour le génie universel. Car ce dernier, par nature, doit être nécessairement reconnu par l’humanité comme tel. Pour lui, son ontologie, c’est sa téléologie." Et plus loin : "De plus, à la différence du simple génie, il ne vit qu’à travers la mort car ce n’est uniquement en se consumant qu’il devient ce qu’il est. Il doit mourir pour être." Deux notions semblent s'opposer : génie/singularité (avec les troubles sociaux relevés) et universalité. Le couplage entre ces deux antagonismes est "brillamment" illustré chez Lygéros par la métaphore de la bougie et de la flamme : "le point de vue de la flamme est encore plus remarquable car elle n’appartient à aucune des bougies tout en faisant partie de chacune d’entre elles. Elle n’est à personne en particulier car elle est à tous. Elle s’appuie sur les bougies pour l’aider à éclairer le monde, elle est changeante par nature puisqu’elle ne cesse de changer de substrat néanmoins elle a un caractère immuable par sa diachronicité. Bien que de type caméléonien, elle ne représente pas un caméléon mais la pensée des caméléons, la téléologie de leur ontologie."
Toutes ces considérations nous amènent à :
1) Il semble difficile d'examiner scientifiquement les trop "hautes" singularités liées à l'intelligence, leur nombre très réduit empêche l'application de la méthodologie classique. Néanmoins, un certain nombre d'études longitudinales portant sur des groupes d'individus ont déjà permis des classifications et des comparaisons avec d'autres groupes de population. Par une démarche heuristique, N. Lygéros entend ouvrir cet examen vers de nouveaux horizons où l'universalité rejoint la singularité et définit son ontologie. Dit autrement, la science semble, in fine, de peu de secours pour comprendre les THPI. Prenons cela comme un état temporaire...
2) Les sociétés regroupant les HQI sont multiples mais ont toutes connues les mêmes problèmes de constitution, de régulation et de pérennité : à savoir des querelles d'ego. MENSA échappe sans doute quantitativement à ces problèmes récurrents du fait aussi de sa taille (nombre de membres de par le monde) et du seuil d'entrée : elle "recrute" à partir d'un seuil de 2%, (soit 2 sigma sur une échelle normée de QI), ce qui est loin des seuils de Pi ou de Méga.
3) Et si de l'intelligence, nous ne savions encore rien ?
Pour tenter, d'une singularité, de relier des savoirs, d'élaborer une complexité et de la transmettre...
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samedi 19 juin 2010
dimanche 6 juin 2010
Principes Heuristiques, Intelligence et Algorithme.
Nikos Lygéros a écrit ses Principes Heuristiques selon une séquence linéaire en 10 points, plongée dans un cadre philosophique mais ouverte sur d'autres réflexions personnelles. Nous y retrouvons certains points décrits par ailleurs dans les méthodes d'élaboration de cartes heuristiques par exemple (voir EFH cité dans Consubstantialité et Carte Heuristique) comme sur cette plaquette de présentation. Il est regrettable toutefois que l'EFH (Ecole Française de l'Heuristique) n'expose pas cette démarche par une carte...heuristique !
En premier, il faut distinguer algorithme et heuristique, l'EFH propose que mettre en œuvre "une" heuristique (ou "la" démarche heuristique selon eux, ce qui, notons le, est plus étroit) c'est un déploiement de ressources suite à l'adoption d'une posture et comme nous l'avons déjà vu dans de l'ouvert à la systémique, la posture est plus riche que l'algorithme. N. Lygéros propose, lui, non un mode opératoire ni même une posture, mais une réflexion "formelle" (i.e. construite en une séquence linéaire selon une logique "classique") qui tend ainsi à la procédure (car formellement et logiquement nous lisons d'abord le point 1 avant de lire le 2 etc..), mais il prend soin de plonger cette réflexion dans un cadre plus large : ainsi ses principes heuristiques sont l'extension du point 5 de sa M-Classification (déjà cité). En d'autres termes, comme la M-Classification peut se voir globalement comme une abduction du concept d'intelligence (point 1), la classification des principes heuristiques apparait comme la description d'une boucle de rétroaction : cette dernière établit "une classification des problèmes via leur complexité structurelle", complexité "issue" ou saisie par cette abduction elle-même. Ainsi, il m'est apparu rapidement, après avoir réalisé la portée de l'outil carte heuristique que visualiser les Principes Heuristiques de N.L. par une carte, même sommaire, serait certainement profitable à la compréhension de l'ensemble de l'article initial (cadre sous-jacent et extensions comprises). J'en propose donc, sous ma responsabilité, une version ici.
Cette carte heuristique des Principes Heuristiques de N.Lygéros est "dynamique" et chaque lien renvoie localement au texte de l'article original, ensuite les liens externes mentionnés sont cliquables et ouvrent sur les articles originaux disponibles en ligne de l'auteur, l'ensemble offre donc au lecteur une possibilité de saisie plus confortable et concise, enfin la carte doit faire émerger plusieurs propriétés/relations "cachées", implicites, par rapport à l'organisation originelle formellement séquentielle des données.
En second, il est donc illusoire de proposer un process séquentiel de la démarche heuristique, comme l'EFH le propose, sauf si l'on souhaite étudier la démarche de la démarche elle-même, comme N. Lygéros s'est proposé de le faire...Les deux démarches sont donc clairement dans des plans différents de réalité et la première débouche, si l'on veut bien, comme le précise l'EFH, sur la seconde : "Elle peut générer de la méthode, sachant que « la méthode, c’est ce que l’on découvre après » (Gaston BACHELARD)." Nous pourrions écrire également que l'EFH propose une posture "sociale" et psychique décentrée mais partant de l'individu alors que N. Lygéros propose une démarche cognitive abductive généralisée plongée dans un mouvement philosophique allant du solipsisme au réalisme (selon L. Wittgenstein), l'heuristique étant bien ici consubstantiel de l'être. Pour reprendre les termes de B. Nicolescu écrivant sur la tridialectique de S. Lupasco, nous pourrions caractériser la démarche de N. Lygéros d'Ontologique de l'Heuristique !
En troisième, comme nous l'avions indiqué déjà dans "de l'ouvert à la systémique" (déjà cité ici), "Couplé à l'ouvert, l'algorithme évoque alors une heuristique, c'est à dire une méthode efficiente pour fournir une solution réalisable au problème posé.", ou comme l'écris l'EFH : "La démarche heuristique s’exprime simultanément à travers une posture intérieure favorisant un état de réceptivité optimal, un traitement pluriel de l’information et une volonté d’obtenir un résultat satisfaisant." (c'est moi qui souligne), une heuristique générique (une méta heuristique) induis un algorithme !
En quatrième, toute heuristique est réflexive, elle renseigne à la fois au moment de la création et au moment de la lecture sur le sujet en train de s'accaparer l'objet. La réflexivité sur un individu amène à la démarche heuristique et la réflexivité sur un groupe d'individus (relativement homogène du point de vue du facteur g selon N. Lygéros) amène à la méta heuristique, à son ontologie. Par réflexivité sur le groupe d'individus, l'ontologie de l'heuristique devient simplement l'ontologie de l'être. Le mot "simplement" ici doit être compris comme une saisie "complexe" ! La simplicité ne se trouvant pas dans la trivialité mais dans la saisie ou la prise avec soi de la complexité.
Enfin, pour découvrir (heuristique vient de "eurisko": "je trouve"), pour trouver, il faut globalement s'ouvrir, être ouvert, i.e. adopter une posture décentrée du soi, de son égo. Cette ouverture n'est pas une polarité mais une tension entre deux antagonismes. De ce point de vue, Stéphane Lupasco nous a appris que cette tension est irréductiblement contradictoire. Cette contradiction irréductible, donc indéfectiblement ouverte, est nécessaire et suffisante pour être à l'écoute de l'autre, de tous les autres, de l'univers, de soi.
Un point important que souligne N. Lygéros (point 4) dans cette démarche heuristique, est le risque de chaos divergent, sans attracteur. Dans la carte heuristique, je le relie au groupe, qui par sa connaissance réflexive mutuelle et son "homogénéité" (relative au facteur g) permet, selon N.L. de générer de manière stable le raisonnement holistique et de poursuivre l'algorithme de la méta heuristique. Le groupe (une métaphore mentale de la société dans M-Classification (point 6)) fait ainsi office d'attracteur pour chacun de ses membres. Le choix du groupe, i.e. la contrainte globalement invariante qui le sous-tend, est selon N.L. l'intelligence !
Dit autrement, adopter une démarche heuristique nécessite une transmission, qu'elle soit duale ou groupale. Cette transmission est nécessaire à la représentation du réel (cf "L'ombre du savoir") puisque ce dernier n'est que relationnel (cf modèles issus de l'espace quantique : "Espace-temps quantique" ..) et cette transmission est nécessaire à la terminaison efficiente et réalisable de l'algorithme de l'heuristique (cf "de l'ouvert à la systémique" (déjà cité)). C'est bien la mise en relation de la démarche heuristique, sa relativisation, qui évite la divergence et en quelque sorte, la folie... Il est clair cependant que cette transmission, cette mise en relation, n'est pas suffisante à l'efficience de la démarche, il faut y ajouter des outils cognitifs, ceux que décrivent aussi bien l'EFH que N.Lygéros.
Il apparait finalement plus clairement que la carte heuristique des Principes Heuristiques de N.L. illustre mieux cette nécessité suffisante d'un algorithme en boucle qui fournit, in fine, l'efficience et la robustesse de la découverte ! Découverte, qui, à son tour, par mise en relation, peut fournir une heuristique générique et permettre de classer les autres découvertes selon leur complexité structurelle...
En premier, il faut distinguer algorithme et heuristique, l'EFH propose que mettre en œuvre "une" heuristique (ou "la" démarche heuristique selon eux, ce qui, notons le, est plus étroit) c'est un déploiement de ressources suite à l'adoption d'une posture et comme nous l'avons déjà vu dans de l'ouvert à la systémique, la posture est plus riche que l'algorithme. N. Lygéros propose, lui, non un mode opératoire ni même une posture, mais une réflexion "formelle" (i.e. construite en une séquence linéaire selon une logique "classique") qui tend ainsi à la procédure (car formellement et logiquement nous lisons d'abord le point 1 avant de lire le 2 etc..), mais il prend soin de plonger cette réflexion dans un cadre plus large : ainsi ses principes heuristiques sont l'extension du point 5 de sa M-Classification (déjà cité). En d'autres termes, comme la M-Classification peut se voir globalement comme une abduction du concept d'intelligence (point 1), la classification des principes heuristiques apparait comme la description d'une boucle de rétroaction : cette dernière établit "une classification des problèmes via leur complexité structurelle", complexité "issue" ou saisie par cette abduction elle-même. Ainsi, il m'est apparu rapidement, après avoir réalisé la portée de l'outil carte heuristique que visualiser les Principes Heuristiques de N.L. par une carte, même sommaire, serait certainement profitable à la compréhension de l'ensemble de l'article initial (cadre sous-jacent et extensions comprises). J'en propose donc, sous ma responsabilité, une version ici.
Cette carte heuristique des Principes Heuristiques de N.Lygéros est "dynamique" et chaque lien renvoie localement au texte de l'article original, ensuite les liens externes mentionnés sont cliquables et ouvrent sur les articles originaux disponibles en ligne de l'auteur, l'ensemble offre donc au lecteur une possibilité de saisie plus confortable et concise, enfin la carte doit faire émerger plusieurs propriétés/relations "cachées", implicites, par rapport à l'organisation originelle formellement séquentielle des données.
En second, il est donc illusoire de proposer un process séquentiel de la démarche heuristique, comme l'EFH le propose, sauf si l'on souhaite étudier la démarche de la démarche elle-même, comme N. Lygéros s'est proposé de le faire...Les deux démarches sont donc clairement dans des plans différents de réalité et la première débouche, si l'on veut bien, comme le précise l'EFH, sur la seconde : "Elle peut générer de la méthode, sachant que « la méthode, c’est ce que l’on découvre après » (Gaston BACHELARD)." Nous pourrions écrire également que l'EFH propose une posture "sociale" et psychique décentrée mais partant de l'individu alors que N. Lygéros propose une démarche cognitive abductive généralisée plongée dans un mouvement philosophique allant du solipsisme au réalisme (selon L. Wittgenstein), l'heuristique étant bien ici consubstantiel de l'être. Pour reprendre les termes de B. Nicolescu écrivant sur la tridialectique de S. Lupasco, nous pourrions caractériser la démarche de N. Lygéros d'Ontologique de l'Heuristique !
En troisième, comme nous l'avions indiqué déjà dans "de l'ouvert à la systémique" (déjà cité ici), "Couplé à l'ouvert, l'algorithme évoque alors une heuristique, c'est à dire une méthode efficiente pour fournir une solution réalisable au problème posé.", ou comme l'écris l'EFH : "La démarche heuristique s’exprime simultanément à travers une posture intérieure favorisant un état de réceptivité optimal, un traitement pluriel de l’information et une volonté d’obtenir un résultat satisfaisant." (c'est moi qui souligne), une heuristique générique (une méta heuristique) induis un algorithme !
En quatrième, toute heuristique est réflexive, elle renseigne à la fois au moment de la création et au moment de la lecture sur le sujet en train de s'accaparer l'objet. La réflexivité sur un individu amène à la démarche heuristique et la réflexivité sur un groupe d'individus (relativement homogène du point de vue du facteur g selon N. Lygéros) amène à la méta heuristique, à son ontologie. Par réflexivité sur le groupe d'individus, l'ontologie de l'heuristique devient simplement l'ontologie de l'être. Le mot "simplement" ici doit être compris comme une saisie "complexe" ! La simplicité ne se trouvant pas dans la trivialité mais dans la saisie ou la prise avec soi de la complexité.
Enfin, pour découvrir (heuristique vient de "eurisko": "je trouve"), pour trouver, il faut globalement s'ouvrir, être ouvert, i.e. adopter une posture décentrée du soi, de son égo. Cette ouverture n'est pas une polarité mais une tension entre deux antagonismes. De ce point de vue, Stéphane Lupasco nous a appris que cette tension est irréductiblement contradictoire. Cette contradiction irréductible, donc indéfectiblement ouverte, est nécessaire et suffisante pour être à l'écoute de l'autre, de tous les autres, de l'univers, de soi.
Un point important que souligne N. Lygéros (point 4) dans cette démarche heuristique, est le risque de chaos divergent, sans attracteur. Dans la carte heuristique, je le relie au groupe, qui par sa connaissance réflexive mutuelle et son "homogénéité" (relative au facteur g) permet, selon N.L. de générer de manière stable le raisonnement holistique et de poursuivre l'algorithme de la méta heuristique. Le groupe (une métaphore mentale de la société dans M-Classification (point 6)) fait ainsi office d'attracteur pour chacun de ses membres. Le choix du groupe, i.e. la contrainte globalement invariante qui le sous-tend, est selon N.L. l'intelligence !
Dit autrement, adopter une démarche heuristique nécessite une transmission, qu'elle soit duale ou groupale. Cette transmission est nécessaire à la représentation du réel (cf "L'ombre du savoir") puisque ce dernier n'est que relationnel (cf modèles issus de l'espace quantique : "Espace-temps quantique" ..) et cette transmission est nécessaire à la terminaison efficiente et réalisable de l'algorithme de l'heuristique (cf "de l'ouvert à la systémique" (déjà cité)). C'est bien la mise en relation de la démarche heuristique, sa relativisation, qui évite la divergence et en quelque sorte, la folie... Il est clair cependant que cette transmission, cette mise en relation, n'est pas suffisante à l'efficience de la démarche, il faut y ajouter des outils cognitifs, ceux que décrivent aussi bien l'EFH que N.Lygéros.
Il apparait finalement plus clairement que la carte heuristique des Principes Heuristiques de N.L. illustre mieux cette nécessité suffisante d'un algorithme en boucle qui fournit, in fine, l'efficience et la robustesse de la découverte ! Découverte, qui, à son tour, par mise en relation, peut fournir une heuristique générique et permettre de classer les autres découvertes selon leur complexité structurelle...
samedi 5 juin 2010
Consubstantialité et Carte Heuristique
J'ai découvert les cartes heuristiques avec Catherine Besnard-Péron dont la source est l'Ecole Française d'Heuristique (le blog est aussi riche de situations et de très belles cartes en tous genres).
La carte heuristique est un outil qui, au delà du langage séquentiel, fournit une vue globale (par l'image) et permet de fournir un sens et une direction à l'ensemble des liens mis en évidence entre tous les items du langage (que ce soit des mots ou groupes de mots ou d'autres images ou symboles ou d'autres cartes heuristiques...). En fait, la carte heuristique est une vue de la complexité, le nœud qui couple les deux étant le lien. Une carte heuristique est un ensemble de liens. Des liens qui mettent en relation des "objets". Nous pouvons donc dire que finalement une carte heuristique propose un ensemble de relations, en relation entre elles !
Ce qui est amusant est que pour un même ensemble de relations, il existe un grand nombre (issue d'une combinatoire sur le nombre de relations) de cartes heuristiques différentes : on peut imaginer, selon la terminologie topologique, que l'ensemble de ces cartes possibles appartiennent au même "atlas", ce dernier définit en fait un espace fini, limité à l'ensemble des relations (initiales) décrites, chaque carte ayant très souvent un sens différent et donc une orientation sémantique différente et unique selon la description spatiale des relations mises en œuvre (une carte heuristique devant en toute rigueur être "centrée", donc orientée). Dit autrement, chaque carte est une image différente du même espace relationnel, chaque carte va être décrite selon un discours séquentiel différent et l'histoire produite ainsi sera différente. Il est évident qu'il existe un grand nombre d'histoires différentes, toutes uniques, pour une même carte heuristique et donc pour un "atlas" du même espace relationnel. Ainsi, il est aisé de constater que pour un même ensemble fini de relations, il existe un très grand nombre d'histoires, de récits, combinant ces relations. Tous ces récits, enfin, décrivent chacun un espace-temps (qui n'est que relationnel, rappelons nous) unique, certains n'ayant aucune "chance" (probabilité) parfois d'être "réalistes" i.e. réalisables dans notre réalité physique conjointe.
Ainsi, une carte heuristique décrit sous une forme concise et parfois universel (inter-cultures) une complexité, riche de possibles, probables et improbables. Ces probabilités sont restreintes par des lois physiques, notamment celle de thermodynamique, mais aussi (ou surtout ?) par la motivation de celui qui la crée et qui, par cet acte, limite les possibles et fais surgir les probables, même les plus infimes. C'est in fine, la motivation qui va sélectionner les relations à relier entre elles de telle manière, dans tel espace restreint défini. A chaque carte correspond bien souvent une motivation et une seule, une orientation, un sens général, ce qui n'empêche pas, par la suite, le lecteur de la carte de pouvoir y puiser et créer à son tour plusieurs histoires uniques et différentes re-créées à chaque lecture. A ce titre, la carte heuristique contient un nombre d'informations impressionnant sur un espace physique limité.
Elle peut être une très belle métaphore également pour saisir la réalité de notre environnement, la réalité "contextuelle" ou consubstantielle à l'observateur, au lecteur de la carte/réalité, tout en n'oubliant jamais que la "carte n'est pas le territoire" (A. Korzybski), seulement un pâle reflet. Même si nous considérons la localité non séparée de la globalité (comme ce que nous apprend sur la réalité la physique quantique), "la connaissance locale", même a priori "infinie", "ne conduit pas (nécessairement) à une connaissance globale" (cf N. Lygéros et sa M-Classification [2.12] (déjà cité)).
La carte heuristique est également reliée au modèle d'organisation cognitif du cerveau : "cerveau gauche/cerveau droit" puisqu'elle met en avant une organisation spatiale de représentations d'images (au sens large) reliées entre elles, à l'instar de l'hémisphère droit qui "capte" les représentations sensorielles relativisées. Une carte heuristique peut ainsi ne contenir que des symboles directement "lus" par cet hémisphère, à charge pour l'hémisphère gauche de les relier avec d'autre symboles du langage lors de la lecture. Le sens orienté du langage (séquence temporelle et linéaire) fournit alors le sens orienté de la carte, au moment de la saisie/lecture. Nous revenons ici clairement à la saisie de l'univers/objet par l'univers/sujet, saisie qui crée/déploie l'espace-temps de manière unique. Nous y reviendrons...
Enfin, une carte heuristique est par définition un ("objet") ouvert (ou plus rigoureusement un recollement d'ouverts disjoints) et l'espace relationnel représenté est un système formel gödelien, donc soit incomplet, soit indécidable, en tous les cas, complètement indéterminé. Cette indétermination lui permet à la fois un très haut niveau d'abstraction (une vue transcendante et synthétique voire abductive) et à la fois un très haut niveau d'analyse fonctionnelle et opératoire (une vue formelle dans une logique du tiers inclus). Une carte heuristique peut donc servir à tout le monde, en de maintes occasions...!
La carte heuristique est un outil qui, au delà du langage séquentiel, fournit une vue globale (par l'image) et permet de fournir un sens et une direction à l'ensemble des liens mis en évidence entre tous les items du langage (que ce soit des mots ou groupes de mots ou d'autres images ou symboles ou d'autres cartes heuristiques...). En fait, la carte heuristique est une vue de la complexité, le nœud qui couple les deux étant le lien. Une carte heuristique est un ensemble de liens. Des liens qui mettent en relation des "objets". Nous pouvons donc dire que finalement une carte heuristique propose un ensemble de relations, en relation entre elles !
Ce qui est amusant est que pour un même ensemble de relations, il existe un grand nombre (issue d'une combinatoire sur le nombre de relations) de cartes heuristiques différentes : on peut imaginer, selon la terminologie topologique, que l'ensemble de ces cartes possibles appartiennent au même "atlas", ce dernier définit en fait un espace fini, limité à l'ensemble des relations (initiales) décrites, chaque carte ayant très souvent un sens différent et donc une orientation sémantique différente et unique selon la description spatiale des relations mises en œuvre (une carte heuristique devant en toute rigueur être "centrée", donc orientée). Dit autrement, chaque carte est une image différente du même espace relationnel, chaque carte va être décrite selon un discours séquentiel différent et l'histoire produite ainsi sera différente. Il est évident qu'il existe un grand nombre d'histoires différentes, toutes uniques, pour une même carte heuristique et donc pour un "atlas" du même espace relationnel. Ainsi, il est aisé de constater que pour un même ensemble fini de relations, il existe un très grand nombre d'histoires, de récits, combinant ces relations. Tous ces récits, enfin, décrivent chacun un espace-temps (qui n'est que relationnel, rappelons nous) unique, certains n'ayant aucune "chance" (probabilité) parfois d'être "réalistes" i.e. réalisables dans notre réalité physique conjointe.
Ainsi, une carte heuristique décrit sous une forme concise et parfois universel (inter-cultures) une complexité, riche de possibles, probables et improbables. Ces probabilités sont restreintes par des lois physiques, notamment celle de thermodynamique, mais aussi (ou surtout ?) par la motivation de celui qui la crée et qui, par cet acte, limite les possibles et fais surgir les probables, même les plus infimes. C'est in fine, la motivation qui va sélectionner les relations à relier entre elles de telle manière, dans tel espace restreint défini. A chaque carte correspond bien souvent une motivation et une seule, une orientation, un sens général, ce qui n'empêche pas, par la suite, le lecteur de la carte de pouvoir y puiser et créer à son tour plusieurs histoires uniques et différentes re-créées à chaque lecture. A ce titre, la carte heuristique contient un nombre d'informations impressionnant sur un espace physique limité.
Elle peut être une très belle métaphore également pour saisir la réalité de notre environnement, la réalité "contextuelle" ou consubstantielle à l'observateur, au lecteur de la carte/réalité, tout en n'oubliant jamais que la "carte n'est pas le territoire" (A. Korzybski), seulement un pâle reflet. Même si nous considérons la localité non séparée de la globalité (comme ce que nous apprend sur la réalité la physique quantique), "la connaissance locale", même a priori "infinie", "ne conduit pas (nécessairement) à une connaissance globale" (cf N. Lygéros et sa M-Classification [2.12] (déjà cité)).
La carte heuristique est également reliée au modèle d'organisation cognitif du cerveau : "cerveau gauche/cerveau droit" puisqu'elle met en avant une organisation spatiale de représentations d'images (au sens large) reliées entre elles, à l'instar de l'hémisphère droit qui "capte" les représentations sensorielles relativisées. Une carte heuristique peut ainsi ne contenir que des symboles directement "lus" par cet hémisphère, à charge pour l'hémisphère gauche de les relier avec d'autre symboles du langage lors de la lecture. Le sens orienté du langage (séquence temporelle et linéaire) fournit alors le sens orienté de la carte, au moment de la saisie/lecture. Nous revenons ici clairement à la saisie de l'univers/objet par l'univers/sujet, saisie qui crée/déploie l'espace-temps de manière unique. Nous y reviendrons...
Enfin, une carte heuristique est par définition un ("objet") ouvert (ou plus rigoureusement un recollement d'ouverts disjoints) et l'espace relationnel représenté est un système formel gödelien, donc soit incomplet, soit indécidable, en tous les cas, complètement indéterminé. Cette indétermination lui permet à la fois un très haut niveau d'abstraction (une vue transcendante et synthétique voire abductive) et à la fois un très haut niveau d'analyse fonctionnelle et opératoire (une vue formelle dans une logique du tiers inclus). Une carte heuristique peut donc servir à tout le monde, en de maintes occasions...!
mercredi 3 mars 2010
Ombre et Principe d'Antagonisme
Mon premier "travail" avec Catherine Besnard-Péron a consisté à tenter de changer de référentiel, d'intégrer, par une heuristique, le problème posé et défini, dans une autre vue, dans un ouvert homéomorphe à l'espace au premier abord envisagé.
Le mot pivot était "creux". Je me suis beaucoup servi aussi de "l'ombre" et du "refus".
Il était troublant à l'époque de constater d'ailleurs la coïncidence de lecture avec Svami Prajnanpad qui dans les premiers entretiens avec S. Prakash débute lui aussi par une décapante déconstruction d'une métaphysique dominante : tout est mental, on ne voit que ce que le mental nous montre à voir, on ne voit pas la réalité telle qu'elle est en soi.
Voir en "creux", c'est s'interroger sur le sens et l'utilisation non seulement des mots mais également des signes en général et notamment pour moi des images mentales, qu'elles soient issues "directement" de sensations ou bien indirectement, par retraitement successifs, d'abstraits. C'est donc au delà d'une sémantique, l'approche pragmatique d'une sémiotique. Pratiquer cet exercice dans une relation thérapeutique ou par l'(auto)expérimentation d'un état modifié de conscience, peut être également, par réflexivité et par désir de "généricité" une tentative d'approche de méta-sémiotique (selon S. Tomasella).
Mais, au moins dans un premier temps, il y a invitation, dans un voisinage d'un ouvert, à questionner tout ce que l'on dit et pense comme l'expression ou la forme d'une exclusion. Observer ensuite les deux formes dégagées, en parallèle, revient à expérimenter une dualité, une complémentarité. Rendre complémentaire, c'est à la fois, par abduction, se saisir d'un cadre "englobant", et à la fois se saisir de la coupure déplaçable entre les deux formes duales. Cette action définit finalement un changement de niveau de réalité et fait émerger une triade donc une complexité.
Le mot pivot était "creux". Je me suis beaucoup servi aussi de "l'ombre" et du "refus".
Il était troublant à l'époque de constater d'ailleurs la coïncidence de lecture avec Svami Prajnanpad qui dans les premiers entretiens avec S. Prakash débute lui aussi par une décapante déconstruction d'une métaphysique dominante : tout est mental, on ne voit que ce que le mental nous montre à voir, on ne voit pas la réalité telle qu'elle est en soi.
Voir en "creux", c'est s'interroger sur le sens et l'utilisation non seulement des mots mais également des signes en général et notamment pour moi des images mentales, qu'elles soient issues "directement" de sensations ou bien indirectement, par retraitement successifs, d'abstraits. C'est donc au delà d'une sémantique, l'approche pragmatique d'une sémiotique. Pratiquer cet exercice dans une relation thérapeutique ou par l'(auto)expérimentation d'un état modifié de conscience, peut être également, par réflexivité et par désir de "généricité" une tentative d'approche de méta-sémiotique (selon S. Tomasella).
Mais, au moins dans un premier temps, il y a invitation, dans un voisinage d'un ouvert, à questionner tout ce que l'on dit et pense comme l'expression ou la forme d'une exclusion. Observer ensuite les deux formes dégagées, en parallèle, revient à expérimenter une dualité, une complémentarité. Rendre complémentaire, c'est à la fois, par abduction, se saisir d'un cadre "englobant", et à la fois se saisir de la coupure déplaçable entre les deux formes duales. Cette action définit finalement un changement de niveau de réalité et fait émerger une triade donc une complexité.
Ce mouvement local, puisque il est dans une communication, dans une relation humaine, dans une dynamique, évoque le principe d'antagonisme défini par Stéphane Lupasco dans son ouvrage "Le principe d'antagonisme ou la logique de l'énergie". Ce principe s'expose ainsi : "A tout phénomène ou élément ou événement logique quelconque, et donc au jugement qui le pense, à la proposition qui l'exprime, au signe qui le symbolise : e, par exemple, doit toujours être associé, structuralement et fonctionnellement, un anti-phénomène ou anti-élément ou anti-événement logique, et donc un jugement, une proposition,un signe contradictoire : non-e ; et de telle sorte que e ou non-e ne peut jamais qu'être potentialisé par l'actualisation de non-e ou e, mais non pas disparaître afin que soit non-e soit e puisse se suffire à lui-même dans une indépendance et donc une non-contradiction rigoureuse (comme dans toute logique, classique ou autre, qui se fonde sur l'absoluité du principe de non-contradiction)."
L'antagonisme selon Stéphane Lupasco est un contraire qui n'exclut pas mais un pôle du couple (actualisé; potentialisé). Nous avons déjà rencontré cette proposition chez Lothar Schäfer (cf La mort est une transition quantique) bien que chez ce dernier, il s'agissait d'états structurants. Chez S. Lupasco, en revanche, il s'agit bien de phénomènes dynamiques. On pourra réfléchir par la suite à la connexion possible entre ces deux propositions.
Si l'actualisation d'un phénomène ne semble pas poser de problèmes de compréhension, la potentialisation mérite explicitation : cette dernière n'est pas négation, ni disparition totale car dépendante d'une dynamique. Elle est même, selon un statut ontologique ad hoc, "conscience élémentaire" de ce qui s'actualise. (conscience et non "conscience de soi")
Considérant des phénomènes dynamiques, ces concepts rendent compte d'une coexistence dynamique d'antagonismes (unité/diversité; continue/discontinue; etc) et non d'actualisations "simultanées". Le couple unité/diversité par exemple est similaire à un oscillateur entre deux pôles contraires. Tous les états à l'intérieur de ce couple sont donc possibles, il existe alors une position intermédiaire où survient un moment contradictoire (deux actualisations inverses sont à égalité et s'annulent) nommé état "T" pour Tiers Inclus.
Les 3 états définis A, T, P (Actualisation, Tiers inclus, Potentialisation) forment alors les variables (observables) de la table des valeurs d'une logique du Tiers Inclus. Cette logique du tiers inclus ne s'oppose pas à la logique d'identité puisque cette dernière est une limite de la première : A=A rejette la potentialisation de A à l'infini et tous les états intermédiaires, contradictoires entre A et non-A.
Cette logique du tiers inclus se retrouve bien en systémique et la "boucle de rétroaction" est parfois un couple antagoniste.
Le principe d'antagonisme de Stéphane Lupasco est isomorphe au principe de complémentarité de Niels Bohr, aussi la logique du tiers inclus définit bien, au delà des disciplines, une logique de la connaissance.
Dans ma problématique personnelle, me servir des "creux", des "ombres" ou du "refus" m'a servi à exposer non seulement des états psychiques mais aussi des dynamiques. Changer de niveau de conscience par abduction et/ou saisir la "coupure déplaçable" d'un couple de contraires m'a permis ensuite d'intégrer psychiquement la logique du tiers inclus dans mes représentations. La complexité étalée sur une carte heuristique pouvait alors, de façon néguentropique, abstraire une sorte de symbole complexe, une matrice faite de l'ensemble des oscillateurs mis en évidence.
Cette prise de conscience est bien liée à l'énergie.
Nous aborderons cela plus loin...
L'antagonisme selon Stéphane Lupasco est un contraire qui n'exclut pas mais un pôle du couple (actualisé; potentialisé). Nous avons déjà rencontré cette proposition chez Lothar Schäfer (cf La mort est une transition quantique) bien que chez ce dernier, il s'agissait d'états structurants. Chez S. Lupasco, en revanche, il s'agit bien de phénomènes dynamiques. On pourra réfléchir par la suite à la connexion possible entre ces deux propositions.
Si l'actualisation d'un phénomène ne semble pas poser de problèmes de compréhension, la potentialisation mérite explicitation : cette dernière n'est pas négation, ni disparition totale car dépendante d'une dynamique. Elle est même, selon un statut ontologique ad hoc, "conscience élémentaire" de ce qui s'actualise. (conscience et non "conscience de soi")
Considérant des phénomènes dynamiques, ces concepts rendent compte d'une coexistence dynamique d'antagonismes (unité/diversité; continue/discontinue; etc) et non d'actualisations "simultanées". Le couple unité/diversité par exemple est similaire à un oscillateur entre deux pôles contraires. Tous les états à l'intérieur de ce couple sont donc possibles, il existe alors une position intermédiaire où survient un moment contradictoire (deux actualisations inverses sont à égalité et s'annulent) nommé état "T" pour Tiers Inclus.
Les 3 états définis A, T, P (Actualisation, Tiers inclus, Potentialisation) forment alors les variables (observables) de la table des valeurs d'une logique du Tiers Inclus. Cette logique du tiers inclus ne s'oppose pas à la logique d'identité puisque cette dernière est une limite de la première : A=A rejette la potentialisation de A à l'infini et tous les états intermédiaires, contradictoires entre A et non-A.
Cette logique du tiers inclus se retrouve bien en systémique et la "boucle de rétroaction" est parfois un couple antagoniste.
Le principe d'antagonisme de Stéphane Lupasco est isomorphe au principe de complémentarité de Niels Bohr, aussi la logique du tiers inclus définit bien, au delà des disciplines, une logique de la connaissance.
Dans ma problématique personnelle, me servir des "creux", des "ombres" ou du "refus" m'a servi à exposer non seulement des états psychiques mais aussi des dynamiques. Changer de niveau de conscience par abduction et/ou saisir la "coupure déplaçable" d'un couple de contraires m'a permis ensuite d'intégrer psychiquement la logique du tiers inclus dans mes représentations. La complexité étalée sur une carte heuristique pouvait alors, de façon néguentropique, abstraire une sorte de symbole complexe, une matrice faite de l'ensemble des oscillateurs mis en évidence.
Cette prise de conscience est bien liée à l'énergie.
Nous aborderons cela plus loin...
mercredi 24 février 2010
de l'Ouvert à la Systémique
C'est Thierry Biren, cofondateur de douance.be qui par le lien avec mediat-coaching.com m'a fait rencontrer Catherine Besnard-Péron.
Notre chemin commun aura duré le temps de lecture de plusieurs livres !
Il aura à la fois été si riche et complexe que le résumer est illusoire, et à la fois si simple qu'un unique mot semble pouvoir l'effleurer : ouvert.
Avant de débuter notre travail en commun, je n'aurais pas imaginé l'envelopper par ce mot là. Aujourd'hui, il s'impose avec la plus ferme et douce évidence.
Ce mot là évoque le premier pas de danse improvisé, le premier coup de crayon sur la feuille blanche, le sourire qui vous accueille à la porte, la magnifique vue du chalet sur la vallée, encore de multiples images à chacun et aussi, très rigoureusement, un (sous) espace topologique qui ne contient aucun point de sa frontière.
Le recours aux mathématiques permet d'appuyer sur la notion fondamentale de l'"ouvert" : ne pas avoir de frontières tout en assurant à ses "éléments" (membres) la sécurité d'un "voisinage".
Tout "voisinage" d'un membre de l'ouvert est encore par définition dans l'ouvert.
L'ouvert définit donc un espace de travail.
Mais l'ouvert définit aussi une posture et un mouvement. Dit autrement, un algorithme de travail, avec une terminaison (assurer que le travail sera réalisé dans un temps fini), une complétude ( garantir que le travail donnera des propositions de solutions) et une correction (assurer que le travail donnera au moins une solution au problème posé).
Couplé à l'ouvert, l'algorithme évoque alors une heuristique, c'est à dire une méthode efficiente pour fournir une solution réalisable au problème posé.
Il est important en effet de vouloir différencier l'efficacité de la seule efficience, cette dernière exigeant l'étude, dans l'espace considéré, d'une écologie; il est important également de différencier l'exacte du réalisable, ce dernier concept étant imposé a priori par la nature de l'espace de travail. Comment réaliser en effet une telle heuristique dans un ouvert, qui, concrètement, est complexe et dynamique ?
Il y a bien sûr plusieurs approches qui toutes, ensemble, participent à l'heuristique. Nikos Lygéros m'a permis d'appréhender, dans ses "Réflexions sur une heuristique..."comment Alexander Grothendieck lui a inspiré les bases analogiques d'un raisonnement non uniforme.
A. Grothendieck est un mathématicien qui a révolutionné dans les années 50 et 60 la géométrie algébrique en y apportant de nouvelles fondations. La démarche sous-jacente à ses travaux, sa posture et son mouvement, peuvent être décrits en terme d'heuristique. Il s'agit d'appliquer à un problème (un théorème en l'espèce) un processus itératif généralisant l'ensemble des propriétés (sans perte aucune) du problème de départ et de découvrir ainsi de nouveaux problèmes dont l'étude permettra la résolution (démonstration) du problème de départ.
N. Lygéros rapporte ainsi : "La première rupture que représente cette heuristique par rapport aux autres méthodes de raisonnement c'est qu'elle ne décompose pas le problème en sous-problèmes afin de les traiter séparément pour ensuite recombiner les résultats partiels et obtenir ainsi le résultat total suivant la stratégie qui consiste à diviser pour régner. Au contraire, elle considère le théorème de manière unitaire et d'une certaine façon indécomposable. Car a priori rien ne dit qu'il soit décomposable. Alors pourquoi le considérer comme tel."
Appliquée en psychologie, dans une relation thérapeutique générique, cette heuristique selon Grothendieck se veut donc un couplage avec l'ouvert. Le problème soumis par un patient au thérapeute ou le problème exposé et défini ensemble par les deux protagonistes n'est a priori, dans cette démarche originale, pas un problème décomposable mais unitaire.
Nikos Lygéros assure cette heuristique de sa terminaison, de sa complétude et de sa correction grâce aux principes ramseyens (cf théorie de Ramsey) (il existe toujours dans une structure suffisamment grande une sous-structure ayant la propriété recherchée, la structure générale pour la propriété donnée est alors la plus petite possible). En revanche, il ne peut garantir l'application de cette dernière à tout problème. Lorsque cela semble possible, l'utiliser fournit alors une solution réalisable et efficiente par abduction du problème de départ.
La systémique apparait plus prometteuse et plus englobante car elle déplace l'implicite de l'heuristique de Grothendieck, à savoir exposer le problème retenu à ses propriétés, sur les interactions d'une organisation complexe avec ses éléments.
Nous sommes toujours dans un ouvert, la définition (fixation) des éléments d'une organisation complexe est alors parfaitement déplaçable le long des interactions rencontrées dans les voisinages de l'ouvert. Le nœud est plus essentiel à saisir et à manipuler que les éléments séparés. Le problème de départ peut finalement rester une boîte noire, chacun s'intéresse plutôt aux interactions de la boîte dans l'ouvert, c'est à dire in fine, avec elle même, autrement dit à ses boucles de rétroactions.
Se concentrer sur ces objets génériques, ce qui est essentiel en communication et donc en relation thérapeutique, c'est s'ouvrir alors à une métaphysique plus "subversive". Au premier abord, la rétroaction peut en effet sembler hors de l'ouvert puisque séparée mentalement de l'organisation complexe qu'elle organise justement ! Cette "séparation" est bien mentale, car nécessaire à la saisie, à la compréhension mais cette interaction est pourtant "continue" et déplaçable comme toute coupure entre objet/sujet. La "subversivité" soulignée tient en fait en entier dans la "forme" de l'interaction qui par définition ne fait que déplacer continûment le sujet à l'objet et vice versa !
Trivialement, la tautologie paradoxale de la rétroaction la laisse "platement" "là" et ne fait que déplacer notre vue de l'ouvert : ce n'est pas la rétroaction qui change le monde changeant, c'est notre vue qui change sur le monde ! Enfin, concrètement, en systémique, lorsque l'analogie (isomorphisme et modèle) est utilisée comme outil sur un ouvert, il en résulte un ouvert homéomorphe. Que ces ouverts soient disjoints ne change rien au raisonnement puisque au départ comme à l'arrivée, l'espace de travail, l'espace de la communication, reste un ouvert.
Nikos Lygéros donne un exemple de cet "invariance" en utilisant la théorie systémique appliquée à un domaine où il est expert : la stratégie militaire dans : "Modèle systémique et paradigme polémologique". Il aboutit ainsi à : "L'environnement et l'ensemble des systèmes se transposent en un environnement et un méta-système. Ce dernier est un ensemble organisé dont les éléments (systèmes) sont en relation (échange) et dont la stabilité est basée sur un mécanisme de rétroaction (droit d'ingérence). Car c'est bien cela que sous-tend le droit d'ingérence : la conscience de l'existence du méta-système rend nécessaire une vision holistique du monde. Un conflit en apparence local est en réalité une perturbation dans le fonctionnement du méta-système. Aussi le droit d'ingérence représente une recherche d'équilibre de la part du méta-système ; c'est son unique moyen d'action. "
En identifiant ainsi le droit d'ingérence à la rétroaction d'un méta-système, N. Lygéros montre bien qu'il est possible de trouver une organisation ad hoc qui intègre l'unité du problème de départ en un élément à réguler par une relation dont l'existence est "invariante". On voit sur cet exemple que l'interaction qui au départ peut sembler séparée (à l'extérieur) d'un système reste en fait "là" mais s'intègre dans le méta-système. La pseudo-émergence d'une nouvelle propriété du méta-système ainsi constitué "autour" de l'interaction n'est en fait qu'un changement de vue : la relation est invariante car elle laisse invariants les systèmes. Le méta-système dégagé par cette construction existait bien au préalable mais personne ne semblait ou voulait le voir ! En revanche, une fois mentalement intégrée au méta-système, la relation est dotée d'une nouvelle propriété qui peut permettre aux protagonistes de réguler, ce qu'ils semblaient incapables de réaliser plus tôt.
Il y a quantité d'exemples de ce genre dans les multiples disciplines qui font intervenir la théorie systémique comme postulat de construction : économie, management, sciences cognitives, écologie, intelligence artificielle, sociologie, psychologie etc....
Catherine Besnard-Péron (CBP) s'intéresse à l'humain et le place au cœur de son investigation pour conduire son activité de coaching et pour soutenir ainsi les projets de ses clients. Elle s'intéresse donc aux systèmes dynamiques complexes vus dans le paradigme de la systémique. Elle utilise (de façon implicite ou explicite) entre autres des outils reconnus dans ce paradigme comme efficients.
Mais elle est psychiquement également dans une disposition d'ouverture à l'autre. Cette disposition psychique compte pour beaucoup dans son travail. Ainsi, cette volonté à l'ouverture, cette volition sur l'ouvert, a empli l'ensemble psychique de notre relation de travail mutuelle.
Personnellement, je l'ai pleinement implicitement puis explicitement ressenti.
Notre chemin commun aura duré le temps de lecture de plusieurs livres !
Il aura à la fois été si riche et complexe que le résumer est illusoire, et à la fois si simple qu'un unique mot semble pouvoir l'effleurer : ouvert.
Avant de débuter notre travail en commun, je n'aurais pas imaginé l'envelopper par ce mot là. Aujourd'hui, il s'impose avec la plus ferme et douce évidence.
Ce mot là évoque le premier pas de danse improvisé, le premier coup de crayon sur la feuille blanche, le sourire qui vous accueille à la porte, la magnifique vue du chalet sur la vallée, encore de multiples images à chacun et aussi, très rigoureusement, un (sous) espace topologique qui ne contient aucun point de sa frontière.
Le recours aux mathématiques permet d'appuyer sur la notion fondamentale de l'"ouvert" : ne pas avoir de frontières tout en assurant à ses "éléments" (membres) la sécurité d'un "voisinage".
Tout "voisinage" d'un membre de l'ouvert est encore par définition dans l'ouvert.
L'ouvert définit donc un espace de travail.
Mais l'ouvert définit aussi une posture et un mouvement. Dit autrement, un algorithme de travail, avec une terminaison (assurer que le travail sera réalisé dans un temps fini), une complétude ( garantir que le travail donnera des propositions de solutions) et une correction (assurer que le travail donnera au moins une solution au problème posé).
Couplé à l'ouvert, l'algorithme évoque alors une heuristique, c'est à dire une méthode efficiente pour fournir une solution réalisable au problème posé.
Il est important en effet de vouloir différencier l'efficacité de la seule efficience, cette dernière exigeant l'étude, dans l'espace considéré, d'une écologie; il est important également de différencier l'exacte du réalisable, ce dernier concept étant imposé a priori par la nature de l'espace de travail. Comment réaliser en effet une telle heuristique dans un ouvert, qui, concrètement, est complexe et dynamique ?
Il y a bien sûr plusieurs approches qui toutes, ensemble, participent à l'heuristique. Nikos Lygéros m'a permis d'appréhender, dans ses "Réflexions sur une heuristique..."comment Alexander Grothendieck lui a inspiré les bases analogiques d'un raisonnement non uniforme.
A. Grothendieck est un mathématicien qui a révolutionné dans les années 50 et 60 la géométrie algébrique en y apportant de nouvelles fondations. La démarche sous-jacente à ses travaux, sa posture et son mouvement, peuvent être décrits en terme d'heuristique. Il s'agit d'appliquer à un problème (un théorème en l'espèce) un processus itératif généralisant l'ensemble des propriétés (sans perte aucune) du problème de départ et de découvrir ainsi de nouveaux problèmes dont l'étude permettra la résolution (démonstration) du problème de départ.
N. Lygéros rapporte ainsi : "La première rupture que représente cette heuristique par rapport aux autres méthodes de raisonnement c'est qu'elle ne décompose pas le problème en sous-problèmes afin de les traiter séparément pour ensuite recombiner les résultats partiels et obtenir ainsi le résultat total suivant la stratégie qui consiste à diviser pour régner. Au contraire, elle considère le théorème de manière unitaire et d'une certaine façon indécomposable. Car a priori rien ne dit qu'il soit décomposable. Alors pourquoi le considérer comme tel."
Appliquée en psychologie, dans une relation thérapeutique générique, cette heuristique selon Grothendieck se veut donc un couplage avec l'ouvert. Le problème soumis par un patient au thérapeute ou le problème exposé et défini ensemble par les deux protagonistes n'est a priori, dans cette démarche originale, pas un problème décomposable mais unitaire.
Nikos Lygéros assure cette heuristique de sa terminaison, de sa complétude et de sa correction grâce aux principes ramseyens (cf théorie de Ramsey) (il existe toujours dans une structure suffisamment grande une sous-structure ayant la propriété recherchée, la structure générale pour la propriété donnée est alors la plus petite possible). En revanche, il ne peut garantir l'application de cette dernière à tout problème. Lorsque cela semble possible, l'utiliser fournit alors une solution réalisable et efficiente par abduction du problème de départ.
La systémique apparait plus prometteuse et plus englobante car elle déplace l'implicite de l'heuristique de Grothendieck, à savoir exposer le problème retenu à ses propriétés, sur les interactions d'une organisation complexe avec ses éléments.
Nous sommes toujours dans un ouvert, la définition (fixation) des éléments d'une organisation complexe est alors parfaitement déplaçable le long des interactions rencontrées dans les voisinages de l'ouvert. Le nœud est plus essentiel à saisir et à manipuler que les éléments séparés. Le problème de départ peut finalement rester une boîte noire, chacun s'intéresse plutôt aux interactions de la boîte dans l'ouvert, c'est à dire in fine, avec elle même, autrement dit à ses boucles de rétroactions.
Se concentrer sur ces objets génériques, ce qui est essentiel en communication et donc en relation thérapeutique, c'est s'ouvrir alors à une métaphysique plus "subversive". Au premier abord, la rétroaction peut en effet sembler hors de l'ouvert puisque séparée mentalement de l'organisation complexe qu'elle organise justement ! Cette "séparation" est bien mentale, car nécessaire à la saisie, à la compréhension mais cette interaction est pourtant "continue" et déplaçable comme toute coupure entre objet/sujet. La "subversivité" soulignée tient en fait en entier dans la "forme" de l'interaction qui par définition ne fait que déplacer continûment le sujet à l'objet et vice versa !
Trivialement, la tautologie paradoxale de la rétroaction la laisse "platement" "là" et ne fait que déplacer notre vue de l'ouvert : ce n'est pas la rétroaction qui change le monde changeant, c'est notre vue qui change sur le monde ! Enfin, concrètement, en systémique, lorsque l'analogie (isomorphisme et modèle) est utilisée comme outil sur un ouvert, il en résulte un ouvert homéomorphe. Que ces ouverts soient disjoints ne change rien au raisonnement puisque au départ comme à l'arrivée, l'espace de travail, l'espace de la communication, reste un ouvert.
Nikos Lygéros donne un exemple de cet "invariance" en utilisant la théorie systémique appliquée à un domaine où il est expert : la stratégie militaire dans : "Modèle systémique et paradigme polémologique". Il aboutit ainsi à : "L'environnement et l'ensemble des systèmes se transposent en un environnement et un méta-système. Ce dernier est un ensemble organisé dont les éléments (systèmes) sont en relation (échange) et dont la stabilité est basée sur un mécanisme de rétroaction (droit d'ingérence). Car c'est bien cela que sous-tend le droit d'ingérence : la conscience de l'existence du méta-système rend nécessaire une vision holistique du monde. Un conflit en apparence local est en réalité une perturbation dans le fonctionnement du méta-système. Aussi le droit d'ingérence représente une recherche d'équilibre de la part du méta-système ; c'est son unique moyen d'action. "
En identifiant ainsi le droit d'ingérence à la rétroaction d'un méta-système, N. Lygéros montre bien qu'il est possible de trouver une organisation ad hoc qui intègre l'unité du problème de départ en un élément à réguler par une relation dont l'existence est "invariante". On voit sur cet exemple que l'interaction qui au départ peut sembler séparée (à l'extérieur) d'un système reste en fait "là" mais s'intègre dans le méta-système. La pseudo-émergence d'une nouvelle propriété du méta-système ainsi constitué "autour" de l'interaction n'est en fait qu'un changement de vue : la relation est invariante car elle laisse invariants les systèmes. Le méta-système dégagé par cette construction existait bien au préalable mais personne ne semblait ou voulait le voir ! En revanche, une fois mentalement intégrée au méta-système, la relation est dotée d'une nouvelle propriété qui peut permettre aux protagonistes de réguler, ce qu'ils semblaient incapables de réaliser plus tôt.
Il y a quantité d'exemples de ce genre dans les multiples disciplines qui font intervenir la théorie systémique comme postulat de construction : économie, management, sciences cognitives, écologie, intelligence artificielle, sociologie, psychologie etc....
Catherine Besnard-Péron (CBP) s'intéresse à l'humain et le place au cœur de son investigation pour conduire son activité de coaching et pour soutenir ainsi les projets de ses clients. Elle s'intéresse donc aux systèmes dynamiques complexes vus dans le paradigme de la systémique. Elle utilise (de façon implicite ou explicite) entre autres des outils reconnus dans ce paradigme comme efficients.
Mais elle est psychiquement également dans une disposition d'ouverture à l'autre. Cette disposition psychique compte pour beaucoup dans son travail. Ainsi, cette volonté à l'ouverture, cette volition sur l'ouvert, a empli l'ensemble psychique de notre relation de travail mutuelle.
Personnellement, je l'ai pleinement implicitement puis explicitement ressenti.
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