J'ai ressenti très tôt la tragique douleur devant la souffrance de l'être mortel, cette angoisse qui fait que RIEN de vivant ne semble y échapper. Cette angoisse exposée vous fait passer aux yeux de l'autre pour un pessimiste de la vie, qui ne voit que le côté sombre de la lumière. Mais rejeter cette angoisse sous le prétexte fallacieux de rester "positif", c'est créer une séparation non seulement subversive mais perverse. Combien de lectures, combien d'approches, combien de "vies" débutées m'aura t il fallu pour prendre avec moi cette angoisse et la relier, enfin, à la lumière ? Car il ne s'agissait pas de séparer mais bien de lier et de saisir enfin que si tout est déjà là, encore faut il déployer l'espace-temps des possibles, incessamment s'ouvrir, large et rapide, à l'autre.
Cette posture m'était naturel, je crois. Enfant, le monde m'a paru très étrangement et très extrêmement compréhensible. Ce qui me heurtait était plutôt le retour de mon environnement, parfois à l'opposé de cette simplicité, parfois muet et parfois franchement réprobateur. Etre un autre alors qu'on tente de vous éduquer comme soi est une sacrée gageure et au final une torsion. Torsion qui ne vous quitte plus et vous fait interroger sans cesse le pourquoi de la norme, du social, du bien et du mal, de l'espace-temps, du sexe, des combinatoires etc...
Le temps n'existe pas mais il m'aura fallu plus de 30 ans pour me saisir de cette évidence. Evidence qui, à ceux qui peuvent être tentés de me lire et courageux, de poursuivre (!), apparait comme une contre vérité ésotérique au mieux, voire comme la manifestation avancée d'une psychose ! Et pourtant, écouter et voir Carlo Rovelli parler de l'espace-temps, en 2005 à la Cité des Sciences, ne relève vraiment pas de la psychose et ce garçon est lumineux, dans son approche de la science, et simple, dans son approche de la physique, car il relie. Il relie Anaximandre, au 7è siècle avant JC, à Lee Smolin 28 siècles plus tard, c'est peu dire, donc, qu'il voit large et rapide !
L'évidence, à ce point, est limpide : "la relation à" est primordiale. "La relation à" est la base ou le nœud ou la clé qui permet de s'emparer de l'univers. Les sciences ont objectivé littéralement cette "relation à " en la réduisant à quelques propriétés "essentielles", opératoires, réfutables. Mais réfuter scientifiquement une ou des propriétés n'invalide jamais "la relation à" , sa propre réalité primordiale. Il suffit de trouver d'autre propriétés valides temporairement. En revanche, il ne faut pas perdre de vue, jamais oublier, la réalité primordiale, même et surtout si elle est insaisissable. Car c'est d'elle que tout vient et où tout va.
Il ne faut pas oublier. Il faut donc, non se contenter d'être l'instant présent, mais être tous les instants à la fois et s'en souvenir. Seule la mémoire permet de relier, donc d'être "en relation à".
Michel Serres, dans cette conférence de 2007, explicite comment la révolution de l'information numérique a poussé l'humain à externaliser sa mémoire et combien cela l'oblige à devenir (plus que jamais !?) intelligent ! Intelligent au sens d'inventif, créatif, reliant, transparent également (puisque la mémoire de chacun est exposée à la mémoire de tous) et tel St Denis, décapité, portant sa tête devant lui, l'être humain doit poser ses principes premiers, primordiaux, devant lui et en "faire" quelque chose !
La création et la transparence, ce sont les principes d'un blog sur le réseau internet, ouvert à tous. Ces principes sont à l'opposé de la logique mercantile d'exclusion qui veut aliéner, i.e. réduire, l'humain au consommateur passif devant une création opaque privée et souvent assez "pauvre" car justement dénuée de liens vers une ouverture riche et libératrice...
Stéphane Lupasco nous a laissé un bel héritage de sa pensée dense et complexe en écrivant toute sa vie durant sur le thème de la logique de l'inclusion, sur la logique du système ouvert gödelien. De l'antagonisme fort entre le besoin impérieux de l'intelligence créative et transparente pour tous et le postulat totalitaire de l'opacité réductrice et efficace d'une industrie (économique et politique) mondiale dénuée de mémoire, doit germer et s'ouvrir un "milieu". Une voie d'équilibre en quelque sorte. Comme est la vie, finalement...
Pour tenter, d'une singularité, de relier des savoirs, d'élaborer une complexité et de la transmettre...
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vendredi 28 mai 2010
vendredi 2 avril 2010
Logique de l'Energie et Sens...
Dans Tiers inclus..., nous avons introduit la logique du tiers inclus de Stéphane Lupasco. Il faut y revenir en parlant cette fois-ci d'énergie et de matière. (ou d'énergie/matière puisqu'il y a correspondance entre eux depuis la relativité générale)
Dans cet entretien accordé en 1987, Stéphane Lupasco résume son approche de manière très claire.
Voyons çà.
Actualisation/Potentialisation, Hétérogène/Homogène et matière/énergie sont les trois doublets qui permettent de débuter. Il faut bien comprendre qu'un doublet ainsi défini est "irréductible" : dit autrement, chaque élément d'un doublet ne peut exister sans l'autre, sans son contradictoire. Ainsi, en première approche, le doublet défini est non-contradictoire.
L'articulation est la suivante :
Lorsque la matière/énergie actualise l'homogène et potentialise l'hétérogène, il advient la matière "inerte", macrophysique, nos "objets".
Lorsque la matière/énergie potentialise l'homogène et actualise l'hétérogène, il advient la matière "vitale", les êtres vivants.
Stéphane Lupasco se rend compte ensuite qu'il existe un état, un moment, où actualisation et potentialisation sont parfaitement symétriques, dit autrement, dans le doublet des antagonistes existe un état parfaitement contradictoire, l'état "mi-mi" en quelque sorte, parfaitement indéterminé. Cet état est nommé le tiers inclus et étend ainsi explicitement le doublet en triplet ou triade. Cet état explicité existait avant dans le doublet sous forme implicite, le rendre visible permet ainsi de donner toute la consistance à la logique ainsi conçue.
Lorsque la matière/énergie ni n'actualise l'homogène ni potentialise l'hétérogène ni potentialise l'homogène ni actualise l'hétérogène exactement, ou dit de façon plus condensée en tenant compte de la propriété du doublet contradictoire : ni actualise/potentialise l'hétérogène/homogène, ce qui est exactement équivalent aux trois autres permutations existantes *, alors il advient la matière "microphysique" ou/et psychique.
(* ni actualise/potentialise l'homogène/hétérogène <=> ni potentialise/actualise l'hétérogène/homogène <=> ni potentialise/actualise l'homogène/hétérogène <=> ni {actualise, potentialise} le {homogène, hétérogène}, cette dernière notation personnelle "contenant" les 4 permutations ou états possibles et servant aussi à écrire un triplet lupascien)
Ainsi l'énergie/matière fait advenir trois matières, chacune ensemble en même temps au même endroit.
La troisième matière, révélée par la physique quantique, caractérise aussi, d'une façon intuitive pour Stéphane Lupasco, le psychisme du vivant animal (y compris l'humain). Identification par réflexivité : je m'analyse quand je pense, ma conscience de moi me permet d'identifier simplement ce "tiers inclus" à la "structure" de ma pensée. Il est très frappant alors en lisant Lupasco de trouver les mêmes arguments "évidents" dont se sert par exemple François Martin de Volnay pour étudier le psychisme avec des outils de la mécanique quantique et pourtant ce dernier ne se réclame absolument pas de la logique Lupascienne !
Stéphane Lupasco identifie la troisième matière au psychisme du vivant ainsi qu'à celle, microphysique, régie par les lois quantiques; en revanche, il ne donne pas ici clairement les raisons de l'identification formelle du psychique et du "microphysique".
Levons ce paradoxe ou ce malentendu.
Pour Dominique Temple, qui a intégré les concepts lupasciens à sa propre œuvre philosophique, "Lupasco souligne une analogie de structure entre les états coexistants de la physique quantique et la conscience humaine. S'il n'est pas possible de connaître les états coexistants de degré de vérité zéro, il n'est pas impossible qu'ils ne se connaissent eux-mêmes, qu'ils ne soient consciences de consciences. Telle était déjà l'intuition de la noosphère de Teilhard de Chardin et de son évolution continue de l' alfa à l'oméga . " (ref) Ainsi, D. Temple reste prudent et parle d'analogie et non d'identification tout en faisant remarquer qu'il est possible d'envisager cette dernière mais que la preuve est certainement hors champ scientifique et de l'ordre de la révélation.
Lothar Schäfer (qui ne référence pas Lupasco dans son travail), nous l'avons déjà vu ici, ne dit pas autre chose : "Les états virtuels peuvent être décrits comme des Entités Parménidiennes (...) On peut considérer les états cosmiques virtuels comme des idées platoniciennes (...) Face à de tels phénomènes, nous pouvons dire que les particules élémentaires ont des propriétés rudimentaires de conscience. (...) La conclusion en est ici inévitable : la nature du fond de la réalité est semblable à celle d'un esprit. (...) ", cependant il manque à cet auteur l'explicitation du Tiers Inclus et il décrit plus les natures de la Potentialisation et de l'Actualisation.
En convoquant les philosophies Idéalistes allemandes, il fait bien référence à une trinité ("le contraste entre la thèse (l'ego) et l'antithèse (le non-ego) se résout dans la perception de leur unité dans un ego absolu. (Hirschberger, 1981, p.368)") mais cette confrontation avec le contradictoire absolu ou irréductible : "Les états quantiques virtuels représentent un ordre qui est à la fois immanent (les états quantiques sont dans les choses) et transcendant" ne semble bien déboucher pour lui que sur une interrogation du divin : "On arrive ainsi à se demander pourquoi on ne peut penser ensemble la réalité
immanente-et-transcendante et au-delà-de-ce-monde-et-dans-le-monde, qui est Dieu, avec la réalité
immanente-et-transcendante et au-delà-de-ce-monde-et-dans-le-monde qui est la réalité quantique ?"
Basarab Nicolescu est aussi nuancé que le philosophe Dominique Temple en écrivant ici : "En effet, pour Lupasco il doit y avoir isomorphisme (et non pas identité) entre le monde microphysique et le monde psychique. (...) Le monde quantique et le monde psychique sont deux manifestations différentes d'un seul et même dynamisme tridialectique. Leur isomorphisme est engendré par la présence continuelle, irréductible de l'état T dans toute manifestation."
Le malentendu lupascien provient en fait d'une subtilité évidente mais mal comprise : la potentialisation est pour lui clairement une conscience "élémentaire" de l'actualisation, mais ce n'est pas la conscience de la conscience, ou "conscience de soi" pour le vivant. Dominique Temple est très clair là dessus : "Le principe d'antagonisme conduit ainsi à la reconnaissance d'une entité sans matière ni énergie, aussi réelle que la réalité, une matière-énergie, qui est à la fois une conscience de conscience. Lupasco l'appelle l'énergie psychique. (...) L'énergie psychique a bien une spécificité comme conscience de soi, révélation transparente d'elle-même, dénuée de toute connaissance autre que la sensation de sa liberté propre, mais cette dynamique n'en est pas moins relié aux pôles du contradictoire par tous les degrés de vérité de Weizsäcker, de sorte qu' entre la conscience de soi et les consciences élémentaires peuvent apparaître toutes les consciences de consciences que nous appellerons consciences objectives." et en note ce commentaire limpide : "Le principe d'antagonisme implique que l'actualisation de l'énergie et de la matière ne peuvent atteindre une non-contradiction absolue. Dans toute matière ou énergie il demeure donc du contradictoire qui la relie à l'énergie psychique, mais réciproquement, le contradictoire ne peut s'affranchir des dynamismes qui lui donnent naissance par leur confrontation. Il n'y a pas d'esprit sans matière et sans énergie."
Cette dernière phrase peut s'écrire symétriquement : " il n'y a pas de matière sans énergie et sans esprit" ou "il n'y a pas d'énergie sans matière et sans esprit", les trois possibilités sont équivalentes, au moins d'un point de vue logique.
Pour Stéphane Lupasco, il n'y a plus identité absolue, mais seulement isomorphisme, car sa logique du tiers inclus explicite proprement chaque dynamisme dans une triade où aucun des trois éléments inclus ne peut s'expliciter sans les deux autres.
Il est frappant ici de constater d'ailleurs l'analogie (ou l'isomorphisme !) entre cette triade conceptuelle et le triplet de quarks de la chromodynamique quantique. (nous y reviendrons...) De telles analogies existent dans d'autres domaines, par exemple, les divers "courants" de spiritualité comme ceux de la religion en sont riches !
Ainsi, les trois matières/énergies définies plus haut le sont irréductiblement en référence à elles mêmes. L'identité propre à chacune est seulement vue désormais comme une limite "idéale" ou "matérialiste" mais sans consistance. Seule la triade lupascienne inclusive est consistante. Mais que définit elle exactement ?
B. Nicolescu le rappelle clairement : "La structure ternaire de systématisations énergétiques se traduit, (...), par la structuration de trois types de matières, ou plutôt par l'existence de trois orientations privilégiées d'une seule et même matière.(...) ses trois aspects constituent... trois orientations divergentes (...) La conclusion que toute manifestation, tout système comporte un triple aspect - macrophysique, biologique et quantique (microphysique ou psychique) - est certes étonnante et riche de multiples conséquences."
Ainsi, la triade est unitaire et définit en quelque sorte une nouvelle vue du "point", de l'unité. C'est une vue du point beaucoup plus riche et complète que le simple "point-identité". Pour les mathématiques, la triade lupascienne est analogue au triplet spectral utilisé par Alain Connes en géométrie non commutative : une "redéfinition" du "point" de l'espace "généralisé" en quelque sorte.
Et cette triade est "ouverte" c'est à dire que bien que complète, elle est irréductiblement liée à toutes les triades possibles de l'univers. "La tridialectique lupascienne est une vision de l'unité du monde, de sa non-séparabilité" écrit Nicolescu. Elle aboutit aussi à l'idée qu'il n'y a pas de constituant ultime, pas de brique élémentaire, que "tout système est toujours système de système". Le tiers inclus est ainsi l'élément logique irréductible qui ouvre irrémédiablement la systémogénèse lupascienne.
Ces propriétés de la logique de l'énergie ont des conséquences sur l'espace-temps, ce que les physiciens cherchent "désespérément" à démontrer depuis presque un siècle (la fameuse théorie unificatrice ou bien la théorie de la gravité quantique), c'est à dire une quantification aussi bien de l'espace que du temps : "Le temps évolue par saccades, par bonds, par avances et reculs... " nous dit Lupasco. "L'espace-temps quantique est celui de la troisième matière, des phénomènes quantiques, esthétiques et psychiques". (il faudra revenir sur cette notion d'esthétisme pour Lupasco...)
La logique de l'énergie vue selon la logique du contradictoire, l'ontologique de S. Lupasco, laisse cependant un concept en dehors : l'affectivité. Le philosophe l'a toujours dit et écrit clairement : l'affectivité n'est pas de l'énergie. L'affectivité n'est pas logique mais alogique. Elle est. Comme l'être, elle est, mais sans rapport avec l'énergie donc avec le "reste".
Dominique Temple écrit : "l'affectivité se traduit comme un en-soi absolu.(...)A cause de ce caractère absolu, Lupasco situait l'affectivité hors de la conscience de conscience, et n'acceptait pas l'idée que l'illumination de la conscience puisse se fondre en une pure affectivité, le passage lui paraissant impliquer une solution de continuité irréductible entre deux natures."
Pour Lupasco, l'affectivité , c'est à dire en quelque sorte le "sens" que l'humain lui donne et donne à l'univers n'est absolument pas du domaine de la science et de la logique. Dominique Temple, également, ne dit pas autre chose (voir plus haut). Stéphane Lupasco a construit une logique de l'énergie, cette dernière existe, mais il lui est impossible scientifiquement et logiquement de trouver le "sens" de cette énergie.
L'affectivité est un arbitraire, dont on ne pourrait rien dire en rapport avec les tri-composantes de l'énergie/matière.
Il y a là manifestement une discontinuité éminemment singulière !
J'ai déjà écrit mon avis sur la question dans Discontinuité... Je ne peux concevoir, aujourd'hui, qu'une discontinuité aussi "fondatrice" que l'affectivité pour la subjectivité ne puisse se relier à rien d'autre qu'au "néant". Car Lupasco oublie que si d'une "entité", d'une "chose", il est impossible d'y relier un signe intelligible quelconque (par une intelligence quelconque), cela signifie selon lui, soit qu'elle est "néant" ou "tout" ou le contradictoire irréductible et non pas seulement un des termes ici écrit !
Mais je crois personnellement que Stéphane Lupasco par son intelligence savait parfaitement ce qu'il ne voulait pas questionner, avec cette question sur l'affectivité : l'arbitraire du sens !
Dans cet entretien accordé en 1987, Stéphane Lupasco résume son approche de manière très claire.
Voyons çà.
Actualisation/Potentialisation, Hétérogène/Homogène et matière/énergie sont les trois doublets qui permettent de débuter. Il faut bien comprendre qu'un doublet ainsi défini est "irréductible" : dit autrement, chaque élément d'un doublet ne peut exister sans l'autre, sans son contradictoire. Ainsi, en première approche, le doublet défini est non-contradictoire.
L'articulation est la suivante :
Lorsque la matière/énergie actualise l'homogène et potentialise l'hétérogène, il advient la matière "inerte", macrophysique, nos "objets".
Lorsque la matière/énergie potentialise l'homogène et actualise l'hétérogène, il advient la matière "vitale", les êtres vivants.
Stéphane Lupasco se rend compte ensuite qu'il existe un état, un moment, où actualisation et potentialisation sont parfaitement symétriques, dit autrement, dans le doublet des antagonistes existe un état parfaitement contradictoire, l'état "mi-mi" en quelque sorte, parfaitement indéterminé. Cet état est nommé le tiers inclus et étend ainsi explicitement le doublet en triplet ou triade. Cet état explicité existait avant dans le doublet sous forme implicite, le rendre visible permet ainsi de donner toute la consistance à la logique ainsi conçue.
Lorsque la matière/énergie ni n'actualise l'homogène ni potentialise l'hétérogène ni potentialise l'homogène ni actualise l'hétérogène exactement, ou dit de façon plus condensée en tenant compte de la propriété du doublet contradictoire : ni actualise/potentialise l'hétérogène/homogène, ce qui est exactement équivalent aux trois autres permutations existantes *, alors il advient la matière "microphysique" ou/et psychique.
(* ni actualise/potentialise l'homogène/hétérogène <=> ni potentialise/actualise l'hétérogène/homogène <=> ni potentialise/actualise l'homogène/hétérogène <=> ni {actualise, potentialise} le {homogène, hétérogène}, cette dernière notation personnelle "contenant" les 4 permutations ou états possibles et servant aussi à écrire un triplet lupascien)
Ainsi l'énergie/matière fait advenir trois matières, chacune ensemble en même temps au même endroit.
La troisième matière, révélée par la physique quantique, caractérise aussi, d'une façon intuitive pour Stéphane Lupasco, le psychisme du vivant animal (y compris l'humain). Identification par réflexivité : je m'analyse quand je pense, ma conscience de moi me permet d'identifier simplement ce "tiers inclus" à la "structure" de ma pensée. Il est très frappant alors en lisant Lupasco de trouver les mêmes arguments "évidents" dont se sert par exemple François Martin de Volnay pour étudier le psychisme avec des outils de la mécanique quantique et pourtant ce dernier ne se réclame absolument pas de la logique Lupascienne !
Stéphane Lupasco identifie la troisième matière au psychisme du vivant ainsi qu'à celle, microphysique, régie par les lois quantiques; en revanche, il ne donne pas ici clairement les raisons de l'identification formelle du psychique et du "microphysique".
Levons ce paradoxe ou ce malentendu.
Pour Dominique Temple, qui a intégré les concepts lupasciens à sa propre œuvre philosophique, "Lupasco souligne une analogie de structure entre les états coexistants de la physique quantique et la conscience humaine. S'il n'est pas possible de connaître les états coexistants de degré de vérité zéro, il n'est pas impossible qu'ils ne se connaissent eux-mêmes, qu'ils ne soient consciences de consciences. Telle était déjà l'intuition de la noosphère de Teilhard de Chardin et de son évolution continue de l' alfa à l'oméga . " (ref) Ainsi, D. Temple reste prudent et parle d'analogie et non d'identification tout en faisant remarquer qu'il est possible d'envisager cette dernière mais que la preuve est certainement hors champ scientifique et de l'ordre de la révélation.
Lothar Schäfer (qui ne référence pas Lupasco dans son travail), nous l'avons déjà vu ici, ne dit pas autre chose : "Les états virtuels peuvent être décrits comme des Entités Parménidiennes (...) On peut considérer les états cosmiques virtuels comme des idées platoniciennes (...) Face à de tels phénomènes, nous pouvons dire que les particules élémentaires ont des propriétés rudimentaires de conscience. (...) La conclusion en est ici inévitable : la nature du fond de la réalité est semblable à celle d'un esprit. (...) ", cependant il manque à cet auteur l'explicitation du Tiers Inclus et il décrit plus les natures de la Potentialisation et de l'Actualisation.
En convoquant les philosophies Idéalistes allemandes, il fait bien référence à une trinité ("le contraste entre la thèse (l'ego) et l'antithèse (le non-ego) se résout dans la perception de leur unité dans un ego absolu. (Hirschberger, 1981, p.368)") mais cette confrontation avec le contradictoire absolu ou irréductible : "Les états quantiques virtuels représentent un ordre qui est à la fois immanent (les états quantiques sont dans les choses) et transcendant" ne semble bien déboucher pour lui que sur une interrogation du divin : "On arrive ainsi à se demander pourquoi on ne peut penser ensemble la réalité
immanente-et-transcendante et au-delà-de-ce-monde-et-dans-le-monde, qui est Dieu, avec la réalité
immanente-et-transcendante et au-delà-de-ce-monde-et-dans-le-monde qui est la réalité quantique ?"
Basarab Nicolescu est aussi nuancé que le philosophe Dominique Temple en écrivant ici : "En effet, pour Lupasco il doit y avoir isomorphisme (et non pas identité) entre le monde microphysique et le monde psychique. (...) Le monde quantique et le monde psychique sont deux manifestations différentes d'un seul et même dynamisme tridialectique. Leur isomorphisme est engendré par la présence continuelle, irréductible de l'état T dans toute manifestation."
Le malentendu lupascien provient en fait d'une subtilité évidente mais mal comprise : la potentialisation est pour lui clairement une conscience "élémentaire" de l'actualisation, mais ce n'est pas la conscience de la conscience, ou "conscience de soi" pour le vivant. Dominique Temple est très clair là dessus : "Le principe d'antagonisme conduit ainsi à la reconnaissance d'une entité sans matière ni énergie, aussi réelle que la réalité, une matière-énergie, qui est à la fois une conscience de conscience. Lupasco l'appelle l'énergie psychique. (...) L'énergie psychique a bien une spécificité comme conscience de soi, révélation transparente d'elle-même, dénuée de toute connaissance autre que la sensation de sa liberté propre, mais cette dynamique n'en est pas moins relié aux pôles du contradictoire par tous les degrés de vérité de Weizsäcker, de sorte qu' entre la conscience de soi et les consciences élémentaires peuvent apparaître toutes les consciences de consciences que nous appellerons consciences objectives." et en note ce commentaire limpide : "Le principe d'antagonisme implique que l'actualisation de l'énergie et de la matière ne peuvent atteindre une non-contradiction absolue. Dans toute matière ou énergie il demeure donc du contradictoire qui la relie à l'énergie psychique, mais réciproquement, le contradictoire ne peut s'affranchir des dynamismes qui lui donnent naissance par leur confrontation. Il n'y a pas d'esprit sans matière et sans énergie."
Cette dernière phrase peut s'écrire symétriquement : " il n'y a pas de matière sans énergie et sans esprit" ou "il n'y a pas d'énergie sans matière et sans esprit", les trois possibilités sont équivalentes, au moins d'un point de vue logique.
Pour Stéphane Lupasco, il n'y a plus identité absolue, mais seulement isomorphisme, car sa logique du tiers inclus explicite proprement chaque dynamisme dans une triade où aucun des trois éléments inclus ne peut s'expliciter sans les deux autres.
Il est frappant ici de constater d'ailleurs l'analogie (ou l'isomorphisme !) entre cette triade conceptuelle et le triplet de quarks de la chromodynamique quantique. (nous y reviendrons...) De telles analogies existent dans d'autres domaines, par exemple, les divers "courants" de spiritualité comme ceux de la religion en sont riches !
Ainsi, les trois matières/énergies définies plus haut le sont irréductiblement en référence à elles mêmes. L'identité propre à chacune est seulement vue désormais comme une limite "idéale" ou "matérialiste" mais sans consistance. Seule la triade lupascienne inclusive est consistante. Mais que définit elle exactement ?
B. Nicolescu le rappelle clairement : "La structure ternaire de systématisations énergétiques se traduit, (...), par la structuration de trois types de matières, ou plutôt par l'existence de trois orientations privilégiées d'une seule et même matière.(...) ses trois aspects constituent... trois orientations divergentes (...) La conclusion que toute manifestation, tout système comporte un triple aspect - macrophysique, biologique et quantique (microphysique ou psychique) - est certes étonnante et riche de multiples conséquences."
Ainsi, la triade est unitaire et définit en quelque sorte une nouvelle vue du "point", de l'unité. C'est une vue du point beaucoup plus riche et complète que le simple "point-identité". Pour les mathématiques, la triade lupascienne est analogue au triplet spectral utilisé par Alain Connes en géométrie non commutative : une "redéfinition" du "point" de l'espace "généralisé" en quelque sorte.
Et cette triade est "ouverte" c'est à dire que bien que complète, elle est irréductiblement liée à toutes les triades possibles de l'univers. "La tridialectique lupascienne est une vision de l'unité du monde, de sa non-séparabilité" écrit Nicolescu. Elle aboutit aussi à l'idée qu'il n'y a pas de constituant ultime, pas de brique élémentaire, que "tout système est toujours système de système". Le tiers inclus est ainsi l'élément logique irréductible qui ouvre irrémédiablement la systémogénèse lupascienne.
Ces propriétés de la logique de l'énergie ont des conséquences sur l'espace-temps, ce que les physiciens cherchent "désespérément" à démontrer depuis presque un siècle (la fameuse théorie unificatrice ou bien la théorie de la gravité quantique), c'est à dire une quantification aussi bien de l'espace que du temps : "Le temps évolue par saccades, par bonds, par avances et reculs... " nous dit Lupasco. "L'espace-temps quantique est celui de la troisième matière, des phénomènes quantiques, esthétiques et psychiques". (il faudra revenir sur cette notion d'esthétisme pour Lupasco...)
La logique de l'énergie vue selon la logique du contradictoire, l'ontologique de S. Lupasco, laisse cependant un concept en dehors : l'affectivité. Le philosophe l'a toujours dit et écrit clairement : l'affectivité n'est pas de l'énergie. L'affectivité n'est pas logique mais alogique. Elle est. Comme l'être, elle est, mais sans rapport avec l'énergie donc avec le "reste".
Dominique Temple écrit : "l'affectivité se traduit comme un en-soi absolu.(...)A cause de ce caractère absolu, Lupasco situait l'affectivité hors de la conscience de conscience, et n'acceptait pas l'idée que l'illumination de la conscience puisse se fondre en une pure affectivité, le passage lui paraissant impliquer une solution de continuité irréductible entre deux natures."
Pour Lupasco, l'affectivité , c'est à dire en quelque sorte le "sens" que l'humain lui donne et donne à l'univers n'est absolument pas du domaine de la science et de la logique. Dominique Temple, également, ne dit pas autre chose (voir plus haut). Stéphane Lupasco a construit une logique de l'énergie, cette dernière existe, mais il lui est impossible scientifiquement et logiquement de trouver le "sens" de cette énergie.
L'affectivité est un arbitraire, dont on ne pourrait rien dire en rapport avec les tri-composantes de l'énergie/matière.
Il y a là manifestement une discontinuité éminemment singulière !
J'ai déjà écrit mon avis sur la question dans Discontinuité... Je ne peux concevoir, aujourd'hui, qu'une discontinuité aussi "fondatrice" que l'affectivité pour la subjectivité ne puisse se relier à rien d'autre qu'au "néant". Car Lupasco oublie que si d'une "entité", d'une "chose", il est impossible d'y relier un signe intelligible quelconque (par une intelligence quelconque), cela signifie selon lui, soit qu'elle est "néant" ou "tout" ou le contradictoire irréductible et non pas seulement un des termes ici écrit !
Mais je crois personnellement que Stéphane Lupasco par son intelligence savait parfaitement ce qu'il ne voulait pas questionner, avec cette question sur l'affectivité : l'arbitraire du sens !
mercredi 10 mars 2010
Féminin/Masculin <=> Temps
C'est la "fameuse" grippe A (H1N1) de l'année 2009 qui m'a relié au Dr Marc Girard. Ce médecin et psychothérapeute est expert en pharmaco-vigilance et, à ce titre, a alimenté quelque peu les polémiques sur la pertinence de la vaccination massale proposée aux Français.
Mais je reviens ici sur ses écrits sur la femme tels qu'ils les proposent dans ses deux articles : "La brutalisation du corps féminin..." et "La femme satyre...".
*
Dans le premier article, Marc Girard propose son analyse de la médicalisation du corps féminin, essentiellement comme une analogie d'un renversement.
Pour lui, les ritualisations médicales (à l'occasion d'un visite au planning familial ou d'un accouchement) sont perverses en ce sens que le discours qui les installe ("exigence hippocratique de chasteté" par exemple) diverge totalement avec le sens des actes pratiqués ("attentat à la pudeur" ou dé-"possessivité du mâle" face aux "actes de barbarie" pratiqués sur la femme). Ces "rituels d'inversion" comme les nomme Marc Girard sont renforcés symétriquement par le silence du corps médical face à certains problèmes de la femme comme les mycoses génitales ou le défaut d'allaitement. Des premières, aucune information claire et précise (malgré la littérature disponible) sur les risques iatrogènes de la contraception orale; du second, aucune parole sur le lien pourtant démontré entre orgasme et production de lait via l'ocytocine ! Dans les deux cas, l'homme -en tant que partenaire sexuel et/ou père- est soit mis à contribution de façon inutile, soit relégué en tant que "fonction" asexuée. Mais ces actes, nous dit Marc Girard, reflètent un état d'esprit plus profond : le déni de la" perplexité de l'homme devant la féminité" et "sa fascination pour [son] esthétique".
La femme est ainsi niée à tout âge et avec beaucoup de mauvaise foi tant la pertinence de l'argumentation retenue par le corps médical est construite de manière ad hoc, à l'opposé d'un véritable discours scientifique : contraception féminine, ménopause, procréation artificielle sont autant d'espaces où s'exerce le déni médical de l'intégrité sexuelle de la femme, voire de son intégrité d'humain tout court !
Le corps et la psyché de la femme sont constamment martyrisés tant le modèle médical du féminin est sinon outrageusement simplifié voire carrément absent. Ainsi les organes de la femme aux fonctions subtiles et complexes deviennent sinon remplaçables au moins tout à fait inutiles et les procédures de soins se transforment en automatismes aux effets antagonistes à ceux prévus par la promotion médicale !
La médecine a "réponse à tout" et Marc Girard pointe bien un excès de la "brutalité séculaire" de la médecine occidentale sur le corps féminin en lien avec une constante "surveillance toute spécifique" de chaque étape de la vie (de la pré-puberté à la post-ménopause). Cet excès amène irréductiblement au renversement d'un statut ou d'un principe féminin par sa négation même. Pire, Marc Girard souligne toute la perversité de ce renversement quand il s'agit pour la médecine de "récupérer" tout le prestige lié à un double renversement du discours, en l'espèce le dénigrement puis l'encensement de l'allaitement maternel.
Marc Girard tient cependant à replacer le rôle de la médecine occidentale vis à vis de la femme dans un mouvement historique sinon ontologique : "il revient à cette médecine d’avoir déplacé les racines de l’antagonisme d’une angoisse fondamentale – la peur viscérale de l’homme à l’égard des puissances supposées du féminin – à un simple dégoût rationalisé sur la base d’un supposé savoir quant à la physiopathologie des femmes."
Ce déplacement a une origine historique : dès la seconde moitié du XVIIè siècle, avec l'accréditation royale et religieuse des sages-femmes, en concomitance avec la dénonciation des femmes "sauvages" (les "sorcières") "auxquelles la société traditionnelle se référait dans les grands moments" de la vie. Ce geste précis envers la femme est baigné dans le mouvement plus général et plus ancien de la déculturation née de la Contre Réforme et d'une reprise en main des "esprits" populaires par le Concile de Trente sous la poussée des revendications protestantes.
Hélas, comme le souligne Marc Girard, le renversement historique du statut social de la femme est malheureusement toujours d'actualité...
Dans le second article, Marc Girard propose un déplacement de la thèse freudienne sur le complexe de la castration. En tant que psychothérapeute, ne voyant plus sans doute dans nos comportements trace issue d'une telle analyse littérale, il propose comme "clé" de la castration non la présence/absence de phallus mais plutôt la tumescence/détumescence de ce dernier. Ainsi, la femme ne connait pas la castration parce qu'elle n'a pas effectivement de phallus et l'homme l'expérimente symboliquement tout au long de sa vie !
Le "complexe" se déplace ainsi du champ de la possession matérielle binaire (en avoir ou pas) à celui d'une expérimentation de puissance sexuelle partielle : être "puissant" ou impuissant, selon l'état de son organe génital mais aussi de son "identité" sexuelle.
D'abord, la puissance/impuissance sexuelle est elle un problème égalitaire ? Selon Marc Girard, c'est tout à fait le cas mais d'une manière tout à fait particulière : si l'expérience de la détumescence constitue une "épreuve de vérité" pour l'homme et lui permet, face à cette contrainte physiologique, de se structurer, l'absence d'expérience de même nature pour la femme la contraint à se "structurer" sur un autre champ que celui restreint du coït ! (Or, ces autres champs sont, nous l'avons vu plus haut avec le premier article, pervertis par la société.) Pour appuyer sa thèse, Marc Girard convoque un cas extrême en relatant longuement les expériences sexuelles narrées de Catherine Millet où "embargo sur la détumescence" et "exil de l'orgasme" illustrent laborieusement "la misère sexuelle" de la narratrice. Cet exemple, analysé, in fine, comme un déplacement de la libido du stade génital à l'oral, sert à Marc Girard de catharsis pour démontrer que l'expérimentation sexuelle d'une puissance "continue" est un déni de l'inégalité des sexes, car la détumescence [vue comme l'expérimentation sexuelle d'une puissance "discontinue"] constitue bien la "limite (...) à l'égalité entre les sexes" ! En gros, nier l'inégalité des sexes, c'est désexuer la société, et augmenter la brutalité et la violence des rapports humains, notamment via le monde du travail. Marc Girard termine son article en reliant, par son activité de psychothérapie, la névrose féminine à un substitut du complexe de la castration (ce qui, il me semble, n'est pas nouveau comme interprétation...)...
Ainsi, par ses deux articles, Marc Girard pointe le masculin/féminin dans la société par le prisme du féminin et met en exergue une convergence de deux mouvements ayant pour résultat la déstabilisation d'une harmonie sociale. Ces deux mouvements s'inscrivent pour moi dans un rapport similaire au temps et l'harmonie synchronique constatée vient renforcer la disharmonie sociale.
Explicitons. Le premier mouvement est lié au coït donc à la confrontation temporaire ("court terme") des deux sexes et le constat à cet instant de leur "différence" réside en fait entièrement dans l'expérimentation individuelle d'une puissance ou d'une maîtrise, continue pour le féminin et discontinue pour le masculin, d'après Marc Girard. Cette interprétation reste perverse en ce sens qu'elle réduit l'humain sexué à une binarité exemplairement "matérielle" (au sens où la discontinuité "est" l'actuel (donc le matériel) et la continuité "est" le potentiel par exemple). Cette réduction sur l'humain sexué est voulue par la société qui privilégie clairement le discontinu au continu et donc dans ce sens le masculin au féminin. Cette réduction explicitée est donc la négation de la position inverse ! Elle nie donc le plaisir sexuel féminin comme une voie vers le continu, à ce qui relie, à la complexité. Elle empêche enfin la conciliation des deux sexes sur la voie complexe d'une expérimentation duale (féminin ou masculin) et donc unitaire (féminin et masculin à la fois).
Le deuxième mouvement est lié essentiellement à la fécondité/reproduction donc à la confrontation "long terme" des deux sexes et le constat sur une longue période de leur "différence" réside en fait entièrement dans l'expérimentation sociétale de la puissance ou maitrise liée à la fécondité/reproduction, continue et stable (pour la phylogenèse) pour le féminin, discontinue et instable pour le masculin. Ainsi, nier les attributs reproducteurs de la femme dans sa médicalisation excessivement brutale, c'est nier la puissance et la stabilité phylogénique du féminin en exposant de manière très excessive symétriquement l'instabilité du masculin. Cette réduction va dans le même sens que celle issue du premier mouvement et dans la même volonté du rapport au temps : vouloir supprimer la mémoire, rester dans le court (terme), figer un discontinu, arrêter le temps.
Dans un article paru dans un hebdo, Françoise Héritier m'a interpellé sur cette question fondatrice du rapport féminin/masculin et j'ai trouvé ses réflexions issues des travaux de sa vie tout à fait passionnantes pour généraliser les propos de Dr Girard. Je me sers ici d'un article de Agnès Fine pour résumer et illustrer mon propos :
Françoise Héritier, anthropologue structuraliste dans la lignée de Claude Lévi-Srauss, a cherché le fondement de la hiérarchie entre les sexes dans le questionnement des systèmes de parenté construits sur "un donné biologique élémentaire". En comparant les rapports masculin/féminin dans ceux de parent/enfant et aîné/cadet qui contiennent "l'ordre naturel" (ancré dans le temps, dans la succession non commutative des lignées) des générations, elle remarque un rapport asymétrique : celui de sœur aînée par rapport à frère cadet (combinaison non commutative) qui signe selon elle "la valence différentielle des sexes", ce que Pierre Bourdieu nomme "la domination masculine". Cette valence différentielle est universelle et s'inscrit pour Françoise Héritier dans la pensée de la différence (la première différence observable étant sur l'anatomie de l'humain !). L'universalité de cette valence différentielle repose selon l'anthropologue sur la volonté de contrôle de la reproduction de la part de ceux qui ne disposent pas de ce pouvoir si singulier et, en généralisant, sur la volonté de maitrise de la cosmologie et du monde surnaturel.
Ainsi, les mouvements explicités par le Dr Girard et élargis par mes soins seraient universels, selon l'anthropologue structuraliste Françoise Héritier. Pierre Bourdieu ne dit pas autre chose, seulement il lui donne une causalité différente et le lien entre ces deux auteurs est un déphasage, donc une vue différente sur le temps. Car rechercher un invariant structurant "externe" (soi disant en dehors d'une subjectivité) ou un "pivot" constructeur "interne" (soi disant en dehors d'une objectivité) reflète bien curieusement le même mouvement déphasé et interroge la causalité. Encore une fois, n'est il pas possible de saisir, avec la logique du tiers inclus, les contradictoires apparents ?
Ce que je relie ici c'est finalement le sexe et le temps. Distinguer une valence différentielle des sexes, c'est intégrer dans sa démarche une évolution et un développement (aussi bien au sens biologique que sociologique) et c'est vouloir s'affranchir de la symétrie implicite sous-jacente : le temps ! Distinguer une construction incessante et permanente issue d'acteurs, c'est aussi intégrer dans sa démarche une évolution et un développement (au moins historique !) et vouloir implicitement s'affranchir du temps (en l'intégrant explicitement) ! Les deux positions sont liées par le temps de manière antagoniste.
Je définis ainsi une triade lupascienne (féminin, masculin, temps) qui a le mérite de contenir les deux causalités explicitées voire de permettre d'en visualiser d'autres (?).
Ainsi, le renversement du Dr Girard est un renversement du temps, du moins celui que psychiquement nous ressentons tous et qui nous conditionne. Françoise Héritier invoque elle aussi ce retournement lorsqu'elle place côte à côte l'évolution du féminin et du masculin dans la reproduction : le masculin (avec le test ADN) devient certain et le féminin (avec le don d'ovules, la FIV, la sélection d'embryons, les mères porteuses, ...) devient "éclaté" et incertain (qui est la "mère" ?). Lorsque le couple féminin/masculin se perturbe, il fait bouger aussi les couples parent/enfant et aîné/cadet, et nous retrouvons ainsi les perturbations partout dans la société. Cette dernière phrase se voulant a-causale, nous pouvons écrire aussi que ce sont les perturbations sociales qui in fine engendrent sinon un renversement, du moins un déplacement très net au sein du couple féminin/masculin.
Je souhaite envisager ce "déplacement" comme une réorganisation au sein de la triade {masculin, féminin, temps} et relier ainsi toutes les questions essentielles du masculin/féminin à notre rapport au temps.
Il faudra y revenir...
Mais je reviens ici sur ses écrits sur la femme tels qu'ils les proposent dans ses deux articles : "La brutalisation du corps féminin..." et "La femme satyre...".
*
Pour lui, les ritualisations médicales (à l'occasion d'un visite au planning familial ou d'un accouchement) sont perverses en ce sens que le discours qui les installe ("exigence hippocratique de chasteté" par exemple) diverge totalement avec le sens des actes pratiqués ("attentat à la pudeur" ou dé-"possessivité du mâle" face aux "actes de barbarie" pratiqués sur la femme). Ces "rituels d'inversion" comme les nomme Marc Girard sont renforcés symétriquement par le silence du corps médical face à certains problèmes de la femme comme les mycoses génitales ou le défaut d'allaitement. Des premières, aucune information claire et précise (malgré la littérature disponible) sur les risques iatrogènes de la contraception orale; du second, aucune parole sur le lien pourtant démontré entre orgasme et production de lait via l'ocytocine ! Dans les deux cas, l'homme -en tant que partenaire sexuel et/ou père- est soit mis à contribution de façon inutile, soit relégué en tant que "fonction" asexuée. Mais ces actes, nous dit Marc Girard, reflètent un état d'esprit plus profond : le déni de la" perplexité de l'homme devant la féminité" et "sa fascination pour [son] esthétique".
La femme est ainsi niée à tout âge et avec beaucoup de mauvaise foi tant la pertinence de l'argumentation retenue par le corps médical est construite de manière ad hoc, à l'opposé d'un véritable discours scientifique : contraception féminine, ménopause, procréation artificielle sont autant d'espaces où s'exerce le déni médical de l'intégrité sexuelle de la femme, voire de son intégrité d'humain tout court !
Le corps et la psyché de la femme sont constamment martyrisés tant le modèle médical du féminin est sinon outrageusement simplifié voire carrément absent. Ainsi les organes de la femme aux fonctions subtiles et complexes deviennent sinon remplaçables au moins tout à fait inutiles et les procédures de soins se transforment en automatismes aux effets antagonistes à ceux prévus par la promotion médicale !
La médecine a "réponse à tout" et Marc Girard pointe bien un excès de la "brutalité séculaire" de la médecine occidentale sur le corps féminin en lien avec une constante "surveillance toute spécifique" de chaque étape de la vie (de la pré-puberté à la post-ménopause). Cet excès amène irréductiblement au renversement d'un statut ou d'un principe féminin par sa négation même. Pire, Marc Girard souligne toute la perversité de ce renversement quand il s'agit pour la médecine de "récupérer" tout le prestige lié à un double renversement du discours, en l'espèce le dénigrement puis l'encensement de l'allaitement maternel.
Marc Girard tient cependant à replacer le rôle de la médecine occidentale vis à vis de la femme dans un mouvement historique sinon ontologique : "il revient à cette médecine d’avoir déplacé les racines de l’antagonisme d’une angoisse fondamentale – la peur viscérale de l’homme à l’égard des puissances supposées du féminin – à un simple dégoût rationalisé sur la base d’un supposé savoir quant à la physiopathologie des femmes."
Ce déplacement a une origine historique : dès la seconde moitié du XVIIè siècle, avec l'accréditation royale et religieuse des sages-femmes, en concomitance avec la dénonciation des femmes "sauvages" (les "sorcières") "auxquelles la société traditionnelle se référait dans les grands moments" de la vie. Ce geste précis envers la femme est baigné dans le mouvement plus général et plus ancien de la déculturation née de la Contre Réforme et d'une reprise en main des "esprits" populaires par le Concile de Trente sous la poussée des revendications protestantes.
Hélas, comme le souligne Marc Girard, le renversement historique du statut social de la femme est malheureusement toujours d'actualité...
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Dans le second article, Marc Girard propose un déplacement de la thèse freudienne sur le complexe de la castration. En tant que psychothérapeute, ne voyant plus sans doute dans nos comportements trace issue d'une telle analyse littérale, il propose comme "clé" de la castration non la présence/absence de phallus mais plutôt la tumescence/détumescence de ce dernier. Ainsi, la femme ne connait pas la castration parce qu'elle n'a pas effectivement de phallus et l'homme l'expérimente symboliquement tout au long de sa vie !
Le "complexe" se déplace ainsi du champ de la possession matérielle binaire (en avoir ou pas) à celui d'une expérimentation de puissance sexuelle partielle : être "puissant" ou impuissant, selon l'état de son organe génital mais aussi de son "identité" sexuelle.
D'abord, la puissance/impuissance sexuelle est elle un problème égalitaire ? Selon Marc Girard, c'est tout à fait le cas mais d'une manière tout à fait particulière : si l'expérience de la détumescence constitue une "épreuve de vérité" pour l'homme et lui permet, face à cette contrainte physiologique, de se structurer, l'absence d'expérience de même nature pour la femme la contraint à se "structurer" sur un autre champ que celui restreint du coït ! (Or, ces autres champs sont, nous l'avons vu plus haut avec le premier article, pervertis par la société.) Pour appuyer sa thèse, Marc Girard convoque un cas extrême en relatant longuement les expériences sexuelles narrées de Catherine Millet où "embargo sur la détumescence" et "exil de l'orgasme" illustrent laborieusement "la misère sexuelle" de la narratrice. Cet exemple, analysé, in fine, comme un déplacement de la libido du stade génital à l'oral, sert à Marc Girard de catharsis pour démontrer que l'expérimentation sexuelle d'une puissance "continue" est un déni de l'inégalité des sexes, car la détumescence [vue comme l'expérimentation sexuelle d'une puissance "discontinue"] constitue bien la "limite (...) à l'égalité entre les sexes" ! En gros, nier l'inégalité des sexes, c'est désexuer la société, et augmenter la brutalité et la violence des rapports humains, notamment via le monde du travail. Marc Girard termine son article en reliant, par son activité de psychothérapie, la névrose féminine à un substitut du complexe de la castration (ce qui, il me semble, n'est pas nouveau comme interprétation...)...
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Ainsi, par ses deux articles, Marc Girard pointe le masculin/féminin dans la société par le prisme du féminin et met en exergue une convergence de deux mouvements ayant pour résultat la déstabilisation d'une harmonie sociale. Ces deux mouvements s'inscrivent pour moi dans un rapport similaire au temps et l'harmonie synchronique constatée vient renforcer la disharmonie sociale.
Explicitons. Le premier mouvement est lié au coït donc à la confrontation temporaire ("court terme") des deux sexes et le constat à cet instant de leur "différence" réside en fait entièrement dans l'expérimentation individuelle d'une puissance ou d'une maîtrise, continue pour le féminin et discontinue pour le masculin, d'après Marc Girard. Cette interprétation reste perverse en ce sens qu'elle réduit l'humain sexué à une binarité exemplairement "matérielle" (au sens où la discontinuité "est" l'actuel (donc le matériel) et la continuité "est" le potentiel par exemple). Cette réduction sur l'humain sexué est voulue par la société qui privilégie clairement le discontinu au continu et donc dans ce sens le masculin au féminin. Cette réduction explicitée est donc la négation de la position inverse ! Elle nie donc le plaisir sexuel féminin comme une voie vers le continu, à ce qui relie, à la complexité. Elle empêche enfin la conciliation des deux sexes sur la voie complexe d'une expérimentation duale (féminin ou masculin) et donc unitaire (féminin et masculin à la fois).
Le deuxième mouvement est lié essentiellement à la fécondité/reproduction donc à la confrontation "long terme" des deux sexes et le constat sur une longue période de leur "différence" réside en fait entièrement dans l'expérimentation sociétale de la puissance ou maitrise liée à la fécondité/reproduction, continue et stable (pour la phylogenèse) pour le féminin, discontinue et instable pour le masculin. Ainsi, nier les attributs reproducteurs de la femme dans sa médicalisation excessivement brutale, c'est nier la puissance et la stabilité phylogénique du féminin en exposant de manière très excessive symétriquement l'instabilité du masculin. Cette réduction va dans le même sens que celle issue du premier mouvement et dans la même volonté du rapport au temps : vouloir supprimer la mémoire, rester dans le court (terme), figer un discontinu, arrêter le temps.
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Dans un article paru dans un hebdo, Françoise Héritier m'a interpellé sur cette question fondatrice du rapport féminin/masculin et j'ai trouvé ses réflexions issues des travaux de sa vie tout à fait passionnantes pour généraliser les propos de Dr Girard. Je me sers ici d'un article de Agnès Fine pour résumer et illustrer mon propos :
Françoise Héritier, anthropologue structuraliste dans la lignée de Claude Lévi-Srauss, a cherché le fondement de la hiérarchie entre les sexes dans le questionnement des systèmes de parenté construits sur "un donné biologique élémentaire". En comparant les rapports masculin/féminin dans ceux de parent/enfant et aîné/cadet qui contiennent "l'ordre naturel" (ancré dans le temps, dans la succession non commutative des lignées) des générations, elle remarque un rapport asymétrique : celui de sœur aînée par rapport à frère cadet (combinaison non commutative) qui signe selon elle "la valence différentielle des sexes", ce que Pierre Bourdieu nomme "la domination masculine". Cette valence différentielle est universelle et s'inscrit pour Françoise Héritier dans la pensée de la différence (la première différence observable étant sur l'anatomie de l'humain !). L'universalité de cette valence différentielle repose selon l'anthropologue sur la volonté de contrôle de la reproduction de la part de ceux qui ne disposent pas de ce pouvoir si singulier et, en généralisant, sur la volonté de maitrise de la cosmologie et du monde surnaturel.
Ainsi, les mouvements explicités par le Dr Girard et élargis par mes soins seraient universels, selon l'anthropologue structuraliste Françoise Héritier. Pierre Bourdieu ne dit pas autre chose, seulement il lui donne une causalité différente et le lien entre ces deux auteurs est un déphasage, donc une vue différente sur le temps. Car rechercher un invariant structurant "externe" (soi disant en dehors d'une subjectivité) ou un "pivot" constructeur "interne" (soi disant en dehors d'une objectivité) reflète bien curieusement le même mouvement déphasé et interroge la causalité. Encore une fois, n'est il pas possible de saisir, avec la logique du tiers inclus, les contradictoires apparents ?
Ce que je relie ici c'est finalement le sexe et le temps. Distinguer une valence différentielle des sexes, c'est intégrer dans sa démarche une évolution et un développement (aussi bien au sens biologique que sociologique) et c'est vouloir s'affranchir de la symétrie implicite sous-jacente : le temps ! Distinguer une construction incessante et permanente issue d'acteurs, c'est aussi intégrer dans sa démarche une évolution et un développement (au moins historique !) et vouloir implicitement s'affranchir du temps (en l'intégrant explicitement) ! Les deux positions sont liées par le temps de manière antagoniste.
Je définis ainsi une triade lupascienne (féminin, masculin, temps) qui a le mérite de contenir les deux causalités explicitées voire de permettre d'en visualiser d'autres (?).
Ainsi, le renversement du Dr Girard est un renversement du temps, du moins celui que psychiquement nous ressentons tous et qui nous conditionne. Françoise Héritier invoque elle aussi ce retournement lorsqu'elle place côte à côte l'évolution du féminin et du masculin dans la reproduction : le masculin (avec le test ADN) devient certain et le féminin (avec le don d'ovules, la FIV, la sélection d'embryons, les mères porteuses, ...) devient "éclaté" et incertain (qui est la "mère" ?). Lorsque le couple féminin/masculin se perturbe, il fait bouger aussi les couples parent/enfant et aîné/cadet, et nous retrouvons ainsi les perturbations partout dans la société. Cette dernière phrase se voulant a-causale, nous pouvons écrire aussi que ce sont les perturbations sociales qui in fine engendrent sinon un renversement, du moins un déplacement très net au sein du couple féminin/masculin.
Je souhaite envisager ce "déplacement" comme une réorganisation au sein de la triade {masculin, féminin, temps} et relier ainsi toutes les questions essentielles du masculin/féminin à notre rapport au temps.
Il faudra y revenir...
vendredi 5 mars 2010
Relience II
Dans Relience I, nous mettions en avant la dualité d'appréhension du réel et soulignions sa complémentarité : le réel advient en l'unité de l'expérimentation de deux opposés. Le réel n'est ni l'un ni l'autre ni les deux à la fois mais bien l'infinité des possibles entre ces deux là.
Nous évoquions déjà le temps et la lumière, mais aussi le désir, l'amour, l'affectif.
Dans Réveil de la Source, j'évoque intimement la résonance d'un complexe et d'un être en invitant le lecteur à se pencher non sur les états (les mots, les symptômes, les faits) exposés mais plutôt sur l'hyperstructure génératrice de ces états. Encore une fois, rendre compte d'une réalité par volonté de trouver invariants et algorithmes. Déjà, évidence d'un tiers irréductible, d'une distance entre action et être.
Dans Voir et Connaître, nous tombons sur l'envers du décor, sur l'expérimentation complète d'une déconstruction/reconstruction, sur un pas à pas du multi-référentiel. C'est dur, sec, décapant, aride et nécessaire. En filigrane, cousus d'or, les mots voir et connaître : la lumière et son sens.
Dans de l'Ouvert à la Systémique, une rencontre humaine décisive (unitaire) ouvre le champ (infini et continu) des investigations de l'être en les projetant dans une somme finie d'ouverts disjoints (les possibles discontinus). L'exploration systémique de ces ouverts doit aboutir au changement de vue sur le monde : celle, critique, qui change le monde ! Mais l'exploration n'est jamais solitaire, l'alliance, l'affectif, emplissent le champ psychique de la relation à l'autre.
Dans le Temps n'existe pas, (antédaté : "le temps est il ?"), nous provoquons le lecteur en le confrontant aux multiples paradoxes de son horloge sociale et culturelle et l'invitons à prendre conscience que dans l'ombre du temps réside certainement toute son unique substance et consistance : (passé, présent, futur) = (mémoire, attention, attente) = 2 opposés et l'amour ?. Le temps n'est pas "en dehors", c'est certain, il est ce chemin infini, cette tension du triplet irréductible.
Dans Ombre et Principe d'Antagonisme, nous trouvons enfin les concepts qui unifient nos éclats. Hors d'un mouvement, il s'agit juste d'un retournement : exclus, inclus, Tiers irréductible. Mais quel retournement ! La complexité jusqu'alors étalée (et simplement reliée) se concentre, se ramasse sur un ensemble de triplets logiques. Une telle condensation est néguentropique. Il reste maintenant à réitérer...
Dans Tiers Inclus : logique, ontologique et amour, nous réitérons : nous couplons le triplet logique à l'abduction puis itérons le processus jusqu'à l'émergence du Transdisciplinaire : système ouvert entièrement décrit par la triade (Objet T, Sujet T, T s.i.).
La triade : ce concept minimum et maximum, nécessaire et suffisant, pour initier et contenir la complexité.
Dans Impasse non-commutative, j'évoque la rupture du récit, entre informe et forme, entre non-être et être, potentiel et actuel et ma rencontre décisive avec ce qui sera la clé, le Tiers inclus de ma démarche, la minuscule clé de la nouvelle vue sur le monde : la lumière !
A ce stade, la perturbation est grande. La paroi est très abrupte mais l'évidence semble lumineuse : comment en rendre compte ?
Nous évoquions déjà le temps et la lumière, mais aussi le désir, l'amour, l'affectif.
Dans Réveil de la Source, j'évoque intimement la résonance d'un complexe et d'un être en invitant le lecteur à se pencher non sur les états (les mots, les symptômes, les faits) exposés mais plutôt sur l'hyperstructure génératrice de ces états. Encore une fois, rendre compte d'une réalité par volonté de trouver invariants et algorithmes. Déjà, évidence d'un tiers irréductible, d'une distance entre action et être.
Dans Voir et Connaître, nous tombons sur l'envers du décor, sur l'expérimentation complète d'une déconstruction/reconstruction, sur un pas à pas du multi-référentiel. C'est dur, sec, décapant, aride et nécessaire. En filigrane, cousus d'or, les mots voir et connaître : la lumière et son sens.
Dans de l'Ouvert à la Systémique, une rencontre humaine décisive (unitaire) ouvre le champ (infini et continu) des investigations de l'être en les projetant dans une somme finie d'ouverts disjoints (les possibles discontinus). L'exploration systémique de ces ouverts doit aboutir au changement de vue sur le monde : celle, critique, qui change le monde ! Mais l'exploration n'est jamais solitaire, l'alliance, l'affectif, emplissent le champ psychique de la relation à l'autre.
Dans le Temps n'existe pas, (antédaté : "le temps est il ?"), nous provoquons le lecteur en le confrontant aux multiples paradoxes de son horloge sociale et culturelle et l'invitons à prendre conscience que dans l'ombre du temps réside certainement toute son unique substance et consistance : (passé, présent, futur) = (mémoire, attention, attente) = 2 opposés et l'amour ?. Le temps n'est pas "en dehors", c'est certain, il est ce chemin infini, cette tension du triplet irréductible.
Dans Ombre et Principe d'Antagonisme, nous trouvons enfin les concepts qui unifient nos éclats. Hors d'un mouvement, il s'agit juste d'un retournement : exclus, inclus, Tiers irréductible. Mais quel retournement ! La complexité jusqu'alors étalée (et simplement reliée) se concentre, se ramasse sur un ensemble de triplets logiques. Une telle condensation est néguentropique. Il reste maintenant à réitérer...
Dans Tiers Inclus : logique, ontologique et amour, nous réitérons : nous couplons le triplet logique à l'abduction puis itérons le processus jusqu'à l'émergence du Transdisciplinaire : système ouvert entièrement décrit par la triade (Objet T, Sujet T, T s.i.).
La triade : ce concept minimum et maximum, nécessaire et suffisant, pour initier et contenir la complexité.
Dans Impasse non-commutative, j'évoque la rupture du récit, entre informe et forme, entre non-être et être, potentiel et actuel et ma rencontre décisive avec ce qui sera la clé, le Tiers inclus de ma démarche, la minuscule clé de la nouvelle vue sur le monde : la lumière !
A ce stade, la perturbation est grande. La paroi est très abrupte mais l'évidence semble lumineuse : comment en rendre compte ?
samedi 27 février 2010
Le temps n'existe pas
Catherine Besnard-Péron m'a transmis le livre de Laurent Dubois : "Les paradoxes du temps" peu après notre rencontre. Mes propres questions existentielles sur ce thème semblaient pouvoir trouver un écho dans ces écrits.
Construit en partie comme un dialogue platonicien, cet ouvrage explore les divers paradoxes liés au temps recensés dans la littérature, puisque le paradoxe offre une brèche étonnante voire stupéfiante de connaissance. Il a d'ailleurs été utilisé de tous temps pour condenser l'information et faire face au "bon sens". Comme si de tous temps, opposer sens et langage avait permis de faire varier notre conscience éveillée, dans le jeu oscillatoire du visible/invisible. Pour ma part, je considère que le plus beau paradoxe est sa non existence.
"Les paradoxes du temps" est un ouvrage composite construit à partir de cheminements et de questionnements au premier abord disjoints. Mais sans doute écrire sur les paradoxes temporels et du temps est-il un paradoxe en soi ! Laurent Dubois m'a cependant aidé à m'expliciter certains concepts.
Je pense notamment à sa (dé)construction du cône de lumière par des diagrammes 2D (en relativité restreinte). Ce n'est pas tant le résultat final que son approche didactique originale qui étonne et vous laisse un : "ah, oui, c'est vrai, je n'y avais pas pensé !"
Je pense aussi à son image de la dilatation du temps psychologique ressenti par rapport au temps mesuré de l'horloge. Laurent Dubois convoque à cette occasion un élastique étiré : en haut le futur, en bas le passé. A l'instant présent, vous pincez l'élastique avec vos doigts. Puis, pour expliciter votre ressenti du temps, vous tirez (par votre imaginaire !) alors sur l'élastique perpendiculairement à l'élastique déjà étiré. Vous étirez en fait un instant t sur l'élastique étiré du temps. Cet instant, vous imaginez que vous pouvez l'étirer très très loin. Vous avez devant vous alors l'instant de votre songe d'un instant, l'instant de vos pensées. On peut en généralisant cela imaginer que cet instant est aussi celui de votre vie, qui finalement, au seuil de votre mort, n'aura duré qu'un souffle...
Prenant cette image, j'ai imaginé simplement étirer de la même manière tous les instants t contenus dans l'élastique étiré du temps. Nous avons alors devant nous tous les instants de toutes les vies. Comme une matrice temporelle infinie contenant tous les temps "propres" de toutes les vies. Le temps de fait devient bi-dimensionnel : étonnant, non ? (aurait dit Pierre Desproges).
Je n'ai malheureusement jamais encore à ce jour compris pourquoi et comment le temps était unidimensionnel.
Il me paraissait si évident, si immédiat, que l'unité du monde pouvait s'aborder immédiatement, sans délai, sans distance aucune, simplement et intuitivement par la pensée. Pourquoi se compliquer avec ces histoires de degrés de liberté, de nombre de variables indépendantes au moins nécessaires à la description de l'espace considéré, donc du monde ?
Il m'aura fallu bien du "temps" justement pour accepter de regarder ailleurs que là où "on" m'avait dit de regarder. Il m'aura fallu bien du temps pour me saisir du langage et de ses concepts, des connaissances et des modèles organisateurs mais réducteurs, de l'envie d'aller dans le tumulte, d'oser affronter mes peurs de ressentir la complexité, d'oser prendre avec moi le vertigineux amour de la vie au risque raisonné de la perdre. Il m'aura fallu bien du temps pour (re)créer ma vie.
Le temps est il alors ce nécessaire recul à l'émotion ? Le temps est il cet espace qui se crée, ici et maintenant, par notre désir de transmettre ?
L'uni-dimension du temps de la physique a comme mérite au moins de servir de pivot à toutes les investigations.
Mais ce simple concept est dépassé, nous l'avons vu, Einstein nous l'a démontré: le temps est de l'espace et l'espace est du temps. Vouloir réduire ce "temps" à une expression séparée, à une grandeur physique à 1 degré de liberté est très sclérosant et annihile in fine tout possibilité de le développer, de le complexifier. La piste la plus prometteuse réside donc dans notre capacité à ressentir et appréhender par la conscience cette "chose" qui nous semble nous contenir et dont incessamment nous semblons nous vouloir nous affranchir.
Quelle est en fait la dualité de l'unité paradoxale du temps ? Dit autrement, puisque nous considérons le temps comme une entité unitaire, indécomposable, existe t il une autre entité plus "large" et qui l'engloberait ? Est il possible par exemple d'appliquer l'heuristique de Grothendieck au temps ?
La première étape, nous l'avons déjà vu, est de considérer une fois pour toutes que le temps est lié de manière indéfectible à l'espace et que le modèle dominant actuel physique pour expliciter notre univers est un de ces modèles d'espace temps à 4 dimensions au moins. ( Je laisse ici la place aux conjectures des espaces temps à n dimensions, n étant supérieur ou égal à 4 : cf Théories des Cordes etc..).
La curiosité de ces modèles pour le temps tient d'ailleurs au fait qu'à l'exception d'une ou de deux théories, la plupart considère des dimensions supplémentaires d'espace et jamais de temps !
L'espace-temps à 4 dimensions semble donc être le plus petit modèle d'espace-temps efficient et réalisable même si in fine, il n'est pas satisfaisant pour tout et ne permet pas de tout expliquer. L'heuristique ne mène nulle part...
L'espace-temps est orienté. Il faut en finir une fois pour toutes avec cette croyance que l'espace seul ne l'est pas et que le temps seul l'est. On ne peut revenir en arrière dans notre temps déjà vécu : certes ! Mais dans notre espace non plus que je sache et croire le contraire est un joli déni de la réalité. Car l'espace-temps dans lequel nous étions n'est déjà plus !
Ce que j'aime dans les paradoxes du temps, c'est certainement de nous éclairer sur ce que le temps n'est pas : ni durée, ni mouvement, ni phénomène temporel. Et de façon amusante, il peut être enrichissant de postuler sa non existence pour trouver sa "matière". Comment définir un fantôme autrement que par l'arbitraire ? Supprimons l'arbitraire, la croyance que le "temps" existe, et regardons autour de nous.
St Augustin nous a déjà convié à cet acte : "Qu’est-ce donc que le temps? Si personne ne m’interroge, je le sais; si je veux répondre à cette demande, je l’ignore. Et pourtant j’affirme hardiment, que si rien ne passait, il n’y aurait point de temps passé; que si rien n’advenait, il n’y aurait point de temps à venir, et que si rien n’était, il n’y aurait point de temps présent. Or, ces deux temps, le passé et l’avenir, comment sont-ils, puisque le passé n’est plus, et que l’avenir n’est pas encore? Pour le présent, s’il était toujours présent sans voler au passé, il ne serait plus temps; il serait l’éternité. Si donc le présent, pour être temps, doit s’en aller en passé, comment pouvons-nous dire qu’une chose soit, qui ne peut être qu’à la condition de n’être plus? Et peut-on dire, en vérité, que le temps soit, sinon parce qu’il tend à n’être pas? " (Les Confessions, Livre 11, Chap XIV § 18) Et plus loin (Chap XV) : "Ainsi, le présent est sans étendue". Plus loin encore, St Augustin confronte clairement le temps et l'esprit qui le perçoit (Chap XX : "Il y a trois temps, le présent du passé, le présent du présent et le présent de l’avenir. Car ce triple mode de présence existe dans l’esprit; je ne le vois pas ailleurs. Le présent du passé, c’est la mémoire; le présent du présent, c’est l’attention actuelle; le présent de l’avenir, c’est son attente." Il est d'ailleurs intéressant de souligner chez ce père de l'Eglise, un "triple mode de présence" du temps, comme une analogie à la Sainte Trinité ?
Ainsi le temps n'est pas. Mais a t il à être ? Kant a clairement proposé que non : le temps est une forme a priori de notre intuition. Comment alors quantifier et mesurer cette vacuité, inséparable de notre conscience ?
Le problème de la mesure du temps n'a cessé et ne cesse encore d'occuper les philosophes et les scientifiques ! Sa résolution, au moins arbitraire, à toutes époques, ne résout en fait nullement la "consistance" de l'objet temps...
Laurent Dubois semble montrer, au moins illustrer, par la forme même de son ouvrage, par la forme même de son discours, une discontinuité de l'investigation "temporelle" non ancrée dans un récit. Cette discontinuité est à l'image des paradoxes cités : il est comme une mise en abyme ou une représentation de fractale. Le vertigineux, l'infini, semblent la règle et se trouvent bornés cependant par de rassurants piliers. Quelle est alors la réalité du temps ?
Cette réponse a t elle d'ailleurs une importance ?
Construit en partie comme un dialogue platonicien, cet ouvrage explore les divers paradoxes liés au temps recensés dans la littérature, puisque le paradoxe offre une brèche étonnante voire stupéfiante de connaissance. Il a d'ailleurs été utilisé de tous temps pour condenser l'information et faire face au "bon sens". Comme si de tous temps, opposer sens et langage avait permis de faire varier notre conscience éveillée, dans le jeu oscillatoire du visible/invisible. Pour ma part, je considère que le plus beau paradoxe est sa non existence.
"Les paradoxes du temps" est un ouvrage composite construit à partir de cheminements et de questionnements au premier abord disjoints. Mais sans doute écrire sur les paradoxes temporels et du temps est-il un paradoxe en soi ! Laurent Dubois m'a cependant aidé à m'expliciter certains concepts.
Je pense notamment à sa (dé)construction du cône de lumière par des diagrammes 2D (en relativité restreinte). Ce n'est pas tant le résultat final que son approche didactique originale qui étonne et vous laisse un : "ah, oui, c'est vrai, je n'y avais pas pensé !"
Je pense aussi à son image de la dilatation du temps psychologique ressenti par rapport au temps mesuré de l'horloge. Laurent Dubois convoque à cette occasion un élastique étiré : en haut le futur, en bas le passé. A l'instant présent, vous pincez l'élastique avec vos doigts. Puis, pour expliciter votre ressenti du temps, vous tirez (par votre imaginaire !) alors sur l'élastique perpendiculairement à l'élastique déjà étiré. Vous étirez en fait un instant t sur l'élastique étiré du temps. Cet instant, vous imaginez que vous pouvez l'étirer très très loin. Vous avez devant vous alors l'instant de votre songe d'un instant, l'instant de vos pensées. On peut en généralisant cela imaginer que cet instant est aussi celui de votre vie, qui finalement, au seuil de votre mort, n'aura duré qu'un souffle...
Prenant cette image, j'ai imaginé simplement étirer de la même manière tous les instants t contenus dans l'élastique étiré du temps. Nous avons alors devant nous tous les instants de toutes les vies. Comme une matrice temporelle infinie contenant tous les temps "propres" de toutes les vies. Le temps de fait devient bi-dimensionnel : étonnant, non ? (aurait dit Pierre Desproges).
Je n'ai malheureusement jamais encore à ce jour compris pourquoi et comment le temps était unidimensionnel.
Il me paraissait si évident, si immédiat, que l'unité du monde pouvait s'aborder immédiatement, sans délai, sans distance aucune, simplement et intuitivement par la pensée. Pourquoi se compliquer avec ces histoires de degrés de liberté, de nombre de variables indépendantes au moins nécessaires à la description de l'espace considéré, donc du monde ?
Il m'aura fallu bien du "temps" justement pour accepter de regarder ailleurs que là où "on" m'avait dit de regarder. Il m'aura fallu bien du temps pour me saisir du langage et de ses concepts, des connaissances et des modèles organisateurs mais réducteurs, de l'envie d'aller dans le tumulte, d'oser affronter mes peurs de ressentir la complexité, d'oser prendre avec moi le vertigineux amour de la vie au risque raisonné de la perdre. Il m'aura fallu bien du temps pour (re)créer ma vie.
Le temps est il alors ce nécessaire recul à l'émotion ? Le temps est il cet espace qui se crée, ici et maintenant, par notre désir de transmettre ?
L'uni-dimension du temps de la physique a comme mérite au moins de servir de pivot à toutes les investigations.
Mais ce simple concept est dépassé, nous l'avons vu, Einstein nous l'a démontré: le temps est de l'espace et l'espace est du temps. Vouloir réduire ce "temps" à une expression séparée, à une grandeur physique à 1 degré de liberté est très sclérosant et annihile in fine tout possibilité de le développer, de le complexifier. La piste la plus prometteuse réside donc dans notre capacité à ressentir et appréhender par la conscience cette "chose" qui nous semble nous contenir et dont incessamment nous semblons nous vouloir nous affranchir.
Quelle est en fait la dualité de l'unité paradoxale du temps ? Dit autrement, puisque nous considérons le temps comme une entité unitaire, indécomposable, existe t il une autre entité plus "large" et qui l'engloberait ? Est il possible par exemple d'appliquer l'heuristique de Grothendieck au temps ?
La première étape, nous l'avons déjà vu, est de considérer une fois pour toutes que le temps est lié de manière indéfectible à l'espace et que le modèle dominant actuel physique pour expliciter notre univers est un de ces modèles d'espace temps à 4 dimensions au moins. ( Je laisse ici la place aux conjectures des espaces temps à n dimensions, n étant supérieur ou égal à 4 : cf Théories des Cordes etc..).
La curiosité de ces modèles pour le temps tient d'ailleurs au fait qu'à l'exception d'une ou de deux théories, la plupart considère des dimensions supplémentaires d'espace et jamais de temps !
L'espace-temps à 4 dimensions semble donc être le plus petit modèle d'espace-temps efficient et réalisable même si in fine, il n'est pas satisfaisant pour tout et ne permet pas de tout expliquer. L'heuristique ne mène nulle part...
L'espace-temps est orienté. Il faut en finir une fois pour toutes avec cette croyance que l'espace seul ne l'est pas et que le temps seul l'est. On ne peut revenir en arrière dans notre temps déjà vécu : certes ! Mais dans notre espace non plus que je sache et croire le contraire est un joli déni de la réalité. Car l'espace-temps dans lequel nous étions n'est déjà plus !
Ce que j'aime dans les paradoxes du temps, c'est certainement de nous éclairer sur ce que le temps n'est pas : ni durée, ni mouvement, ni phénomène temporel. Et de façon amusante, il peut être enrichissant de postuler sa non existence pour trouver sa "matière". Comment définir un fantôme autrement que par l'arbitraire ? Supprimons l'arbitraire, la croyance que le "temps" existe, et regardons autour de nous.
St Augustin nous a déjà convié à cet acte : "Qu’est-ce donc que le temps? Si personne ne m’interroge, je le sais; si je veux répondre à cette demande, je l’ignore. Et pourtant j’affirme hardiment, que si rien ne passait, il n’y aurait point de temps passé; que si rien n’advenait, il n’y aurait point de temps à venir, et que si rien n’était, il n’y aurait point de temps présent. Or, ces deux temps, le passé et l’avenir, comment sont-ils, puisque le passé n’est plus, et que l’avenir n’est pas encore? Pour le présent, s’il était toujours présent sans voler au passé, il ne serait plus temps; il serait l’éternité. Si donc le présent, pour être temps, doit s’en aller en passé, comment pouvons-nous dire qu’une chose soit, qui ne peut être qu’à la condition de n’être plus? Et peut-on dire, en vérité, que le temps soit, sinon parce qu’il tend à n’être pas? " (Les Confessions, Livre 11, Chap XIV § 18) Et plus loin (Chap XV) : "Ainsi, le présent est sans étendue". Plus loin encore, St Augustin confronte clairement le temps et l'esprit qui le perçoit (Chap XX : "Il y a trois temps, le présent du passé, le présent du présent et le présent de l’avenir. Car ce triple mode de présence existe dans l’esprit; je ne le vois pas ailleurs. Le présent du passé, c’est la mémoire; le présent du présent, c’est l’attention actuelle; le présent de l’avenir, c’est son attente." Il est d'ailleurs intéressant de souligner chez ce père de l'Eglise, un "triple mode de présence" du temps, comme une analogie à la Sainte Trinité ?
Ainsi le temps n'est pas. Mais a t il à être ? Kant a clairement proposé que non : le temps est une forme a priori de notre intuition. Comment alors quantifier et mesurer cette vacuité, inséparable de notre conscience ?
Le problème de la mesure du temps n'a cessé et ne cesse encore d'occuper les philosophes et les scientifiques ! Sa résolution, au moins arbitraire, à toutes époques, ne résout en fait nullement la "consistance" de l'objet temps...
Laurent Dubois semble montrer, au moins illustrer, par la forme même de son ouvrage, par la forme même de son discours, une discontinuité de l'investigation "temporelle" non ancrée dans un récit. Cette discontinuité est à l'image des paradoxes cités : il est comme une mise en abyme ou une représentation de fractale. Le vertigineux, l'infini, semblent la règle et se trouvent bornés cependant par de rassurants piliers. Quelle est alors la réalité du temps ?
Cette réponse a t elle d'ailleurs une importance ?
samedi 20 février 2010
L'Ombre du Savoir...
Je n'ai plus en tête le lien précis qui m'a amené jusqu'à Nikos Lygéros. Il est vrai que la production complexe de cet homme et quasi "infiniment" dense laisse ouvert (puisqu'il "produit" tous les jours) un nombre de liens vertigineusement grand !
En revanche, le premier article consulté est très certainement celui sur l'apprentissage du problème de l'ombre à des enfants.
L'intérêt de Nikos Lygéros est ici d'illustrer par l'expérimentation que l'appréhension du monde, de la réalité, est lié au préalable de la connaissance d'un certain nombre de concepts formels.
Plus exactement, Nikos Lygéros souligne dans la compréhension, la phase préalable de représentation nécessaire à la saisie du réel. Les deux termes sont mis ici en équilibre : nous ne comprenons pas tout ce que nous regardons car nous ne voyons que ce que nous comprenons. L'étendue embrassée est vaste, possiblement "infinie" comparativement à nos possibilités cognitives et effectivement, nous percevons seulement ce que nous comprenons déjà. Donc, il nous faut acquérir au minimum la "notion" du relatif (pour placer l'objet étudié parmi d'autres et même pour le distinguer des autres !) et apprendre l'algorithme qui nous permet de (re)trouver le résultat escompté (en l'espèce apprendre la représentation de l'ombre par exemple). Une fois acquise cette représentation mentale de la réalité, nous nous saisissons d'elle.
Ce processus peut sembler étrange et à l'exacte opposée du bon sens ! C'est à dire que ce processus semble fonctionner à rebrousse temps (pour reprendre un célèbre titre (en français) de Philipp K Dick !) puisque la saisie semble subordonnée à sa représentation, puisque un acte de saisie du réel au temps t semble subordonné à un apprentissage d'une durée plus longue et dont la fin se situe au minimum à t-1. En écrivant cette phrase, on voit immédiatement qu'il n'y a point de paradoxe puisque il y a discontinuité et qu'il faut dans la démonstration ajouter un facteur : la transmission ou l'intervention d'un tiers.
En effet, se saisir du réel est un jeu d'enfant ! Mais transmettre cette saisie à autre que soi, c'est....un exercice plus délicat et qui requiert justement l'apprentissage de la représentation du réel. Nikos Lygéros finit son article (sus mentionné) en affirmant : "Car ce n'est qu'à travers le mental que nous comprenons la réalité.". Certes, mais pour prendre avec soi (étymologiquement "comprendre"), il faut d'abord implicitement reconnaitre mentalement un "soi", donc un autre, puis explicitement reconnaitre ce désir de transmettre à l'autre (ou à soi !) sa représentation mentale.
Et la saisie du réel se trouve alors contenue dans ce désir explicite de transmettre.
Nous ne voyons, au fond, que ce que nous désirons voir, que ce que nous désirons partager avec l'autre.
Et le savoir n'est rien sans sa transmission à l'autre.
En revanche, le premier article consulté est très certainement celui sur l'apprentissage du problème de l'ombre à des enfants.
L'intérêt de Nikos Lygéros est ici d'illustrer par l'expérimentation que l'appréhension du monde, de la réalité, est lié au préalable de la connaissance d'un certain nombre de concepts formels.
"Même si l'ombre est nécessairement une simplification de données à trois dimensions, sa définition n'est pas immédiate pour des enfants lorsqu'il s'agit de la représenter de manière réaliste. C'est alors que nous découvrons que l'enfant ne comprend pas nécessairement ce qu'il regarde et qu'il ne voit que ce qu'il comprend. Il sait ce que représente l'ombre mais il ne sait pas nécessairement la représenter."
Plus exactement, Nikos Lygéros souligne dans la compréhension, la phase préalable de représentation nécessaire à la saisie du réel. Les deux termes sont mis ici en équilibre : nous ne comprenons pas tout ce que nous regardons car nous ne voyons que ce que nous comprenons. L'étendue embrassée est vaste, possiblement "infinie" comparativement à nos possibilités cognitives et effectivement, nous percevons seulement ce que nous comprenons déjà. Donc, il nous faut acquérir au minimum la "notion" du relatif (pour placer l'objet étudié parmi d'autres et même pour le distinguer des autres !) et apprendre l'algorithme qui nous permet de (re)trouver le résultat escompté (en l'espèce apprendre la représentation de l'ombre par exemple). Une fois acquise cette représentation mentale de la réalité, nous nous saisissons d'elle.
Ce processus peut sembler étrange et à l'exacte opposée du bon sens ! C'est à dire que ce processus semble fonctionner à rebrousse temps (pour reprendre un célèbre titre (en français) de Philipp K Dick !) puisque la saisie semble subordonnée à sa représentation, puisque un acte de saisie du réel au temps t semble subordonné à un apprentissage d'une durée plus longue et dont la fin se situe au minimum à t-1. En écrivant cette phrase, on voit immédiatement qu'il n'y a point de paradoxe puisque il y a discontinuité et qu'il faut dans la démonstration ajouter un facteur : la transmission ou l'intervention d'un tiers.
En effet, se saisir du réel est un jeu d'enfant ! Mais transmettre cette saisie à autre que soi, c'est....un exercice plus délicat et qui requiert justement l'apprentissage de la représentation du réel. Nikos Lygéros finit son article (sus mentionné) en affirmant : "Car ce n'est qu'à travers le mental que nous comprenons la réalité.". Certes, mais pour prendre avec soi (étymologiquement "comprendre"), il faut d'abord implicitement reconnaitre mentalement un "soi", donc un autre, puis explicitement reconnaitre ce désir de transmettre à l'autre (ou à soi !) sa représentation mentale.
Et la saisie du réel se trouve alors contenue dans ce désir explicite de transmettre.
Nous ne voyons, au fond, que ce que nous désirons voir, que ce que nous désirons partager avec l'autre.
Et le savoir n'est rien sans sa transmission à l'autre.
samedi 13 février 2010
Quand le futur détermine le passé...
Dés le début, la mécanique quantique a heurté.
Même les pères fondateurs de cette théorie n'ont pas pu s'empêcher de la tordre et de vouloir la plier à leurs idéologies, leurs croyances. Max Planck est à l'origine de l'idée du quanta d'énergie (en travaillant sur le rayonnement émis par un corps chauffé), mais dans une perception ondulatoire de celle ci, en accord avec toutes les interprétations officielles dues à Young, Huygens, Euler, Fresnel, Faraday et Maxwell en cours depuis trois siècles déjà. Il a cependant souhaité toute sa vie ne voir dans cette hypothèse "désespérée" qu'un artifice mathématique pour éviter de vivre avec cette idée d'une énergie discontinue de la matière tant elle heurtait son sens commun, son idéal peut-être aussi.
Lorsque Einstein, en travaillant sur l'effet photoélectrique, démontre que la lumière est aussi constituée de quanta d'énergie, il participe ainsi à l'émergence plus tard du travail de Schrödinger sur la fonction d'onde. Mais quand Max Born propose l'interprétation probabiliste de cette fonction d'onde, cela heurte un grand nombre de physiciens, dont Einstein et Schrödinger lui-même. C'est la raison pour laquelle ce dernier invente cette expérience de pensée dite du chat, pour tenter de démontrer l'absurdité d'une telle interprétation probabiliste et donc d'une incomplétude de la théorie de cette mécanique quantique !
Si la mécanique quantique a heurté depuis toujours les convictions les plus intimes des physiciens eux-mêmes, comment voulez vous qu'elle ne heurte pas le simple humain, dénué de bagages scientifiques et armé de son seul bon sens ?
Albert Einstein est si résolu à ne pas accepter le caractère probabiliste et donc non déterministe de la mécanique quantique qu'il imagine avec deux collègues (Podolsky et Rosen), en 1935, une expérience de pensée pour prendre la théorie en flagrant délit d'incomplétude. C'est la fameuse expérience EPR.
En 1964, John Bell fait de cette spéculation métaphysique une proposition vérifiable expérimentalement. Il démontre ainsi que si le paradoxe EPR est correct, alors ses inégalités (inégalités de Bell) sont violées. Il aura fallu attendre les années 1980 pour que Alain Aspect et son équipe effectuent une série d'expériences pour calculer les fameuses inégalités de Bell et donc répondre au paradoxe EPR. Des expériences plus récentes ont de même augmenté la précision des mesures et ont toujours donné la même réponse : les inégalités de Bell sont violées, la théorie de la mécanique quantique est donc complète et nous impose de voir la réalité différemment, au delà de notre bon sens !
La réalité est donc non-locale.
La réalité est que l'espace possède un caractère holistique.
La réalité est que RIEN ne permet formellement de distinguer un objet d'un autre.
La réalité se comprend en terme d'interconnexion, d'interdépendance.
La réalité de l'espace apparaît discontinue, quantifiée, bien que pour l'étudier, nous ayons choisi depuis toujours des outils et des raisonnements basés sur la continuité.
Pourquoi avoir fait ces choix initiaux ? Tout bêtement parce que ces raisonnements apparaissaient plus proches du "bon sens" et surtout plus simples à étudier; les outils physiques et mathématiques donnaient des résultats plus simples et plus rapides à calculer !
Partant de ce constat, comment imaginer alors un espace formalisé par des opérateurs discontinus ? Est ce d'ailleurs aussi simple que cela ? N'y aurait il pas "intrication" entre continuité et discontinuité ?
Certains développements récents en physique théorique se sont penchés sur ces questions : espace basé sur des fonctions non différentiables, espace basé sur une géométrie non commutative, par exemple, pour tenter de reformaliser l'ensemble de la physique à partir d'une autre métrique. A ce jour, et tout du moins à ma connaissance, aucun autre concept majeur n'a été validé par l'expérience.
Mais........l'espace, dans notre univers 4D, est aussi lié au temps, non ? Alors, qu'en est il de la réalité du temps en fin de compte ?
John Wheeler, physicien théoricien, a imaginé de modifier la célèbre expérience d'optique des Fentes de Young, dans une version dite "du choix retardé du photon". Son expérience est parfaitement relaté par Trinh Xuan Thuan dans "Les voies de la Lumière" mais aussi fort bien explicité par François Martin dans sa conférence à Génève en février 2009 (déjà cité). Cette expérience a été vérifié en 1987 et 2007 notamment.
Bien évidemment, les physiciens dans leur majorité ne veulent pas interpréter les résultats de cette expérience car cela remet ou semble remettre trop en cause la fameuse causalité, la flèche "classique" du temps.
Suivant en cela John von Neumann (à son époque), François Martin déclare nettement qu'il n'y a pas deux réalités de temps différentes (l'une à l'échelle microscopique et l'autre à l'échelle macroscopique) mais bien deux interprétations différentes d'une unique réalité.
La première interprétation, qui choque notre "bon sens" est "classique" et nous contraint à oser écrire que l'observateur, en modifiant un paramètre de l'expérience, lorsque celle ci est en cours, va modifier le passé du photon. Autrement et trivialement dit : le futur détermine le passé ! D'autant plus que Wheeler a montré que cette expérience peut s'imaginer de manière analogue, non pas en laboratoire, sur des temps très petits, mais dans l'espace stellaire, en interceptant un faisceau de photons qui a pris sa source il y a des millions voire des milliards d'année ! La causalité des évènements en prend un coup !
La deuxième interprétation est "quantique" et nous propose que en modifiant un paramètre de l'expérience, alors que celle-ci est en cours, (le photon, en l'espèce, a été émis par sa source), nous modifions uniquement la reconstitution "classique" du passé du photon (tel que notre conscience le perçoit) et pas le passé "quantique", le "vrai" passé du photon. Nous respectons la causalité des évènements.
Explications : La mécanique quantique nous propose deux "plans" de la réalité : l'une "quantique" où la particule suit un mouvement entièrement déterminée par la fonction d'onde. Mais ce mouvement n'est pas interprétable, il n'est finalement imputable ni à une onde, ni à une particule. Il est là. Que peut on en dire d'autres ? En l'espèce, le photon existe en une superposition d'états quantiques évoluant de manière déterministe. On peut aussi parler de champ électromagnétique quantique étendu sur tout l'espace-temps, donc non localisable strictement, ni dans l'espace, ni dans le temps. Il n'existe pas, à ce jour, dans la métaphysique occidentale dominante, de représentations, d'images, de symboles, autres que l'opérateur mathématique, qui puisse, par analogie, faire comprendre simplement ce qui se passe là. Richard Feynman avait pris comme image : la particule prend tous les chemins possibles (potentiels) et il avait réussi à trouver une approche de calcul très innovante grâce à cette analogie : la fameuse "intégrale de chemin".
Dans ce plan "quantique" de la réalité, quoi que l'observateur fasse à n'importe quel moment de l'expérience en cours, rien ne change pour la particule, son "passé" n'est pas bouleversé, son avenir non plus a contrario.
En revanche, dans le plan "classique" de la réalité, celui relié à notre conscience éveillée, celui relié à la mesure physique, à la détection du champ électromagnétique, à la détection de la particule, nous pouvons décider du chemin pris par la particule en fonction de l'action que nous opérons sur l'expérience. C'est à dire que notre observation va opérer un choix et dans le cas de cette expérience du photon retardé, nous aurons l'illusion de modifier le "passé" du photon, mais en réalité, nous modifions seulement notre perception "classique" de ce passé. Nous faisons des choix, en observant la particule, en faisant une mesure, sur la reconstruction "classique" du passé du photon. Le passé "classique" n'existe qu'à partir du moment où il a été enregistré au présent. Cette interprétation conserve la causalité des évènements car pour l'évènement lui-même, il y a détermination complète, mais pour l'observateur, il y a indétermination du passé et c'est son acte, son geste d'observation qui va lever l'indétermination.
En fait, cette interprétation en deux plans permet d'éviter le paradoxe de la particule qui "remonte" le temps, la causalité inverse (la conséquence est avant la cause) et renvoie "dos à dos" l'objet observé dans "sa" réalité quantique déterministe, et le sujet observant dans "sa" réalité "classique" probabiliste. Cette interprétation métaphysique (dans la mesure où évidemment, elle dépasse le strict point de vue "physique" et opérationnelle du calcul), à l'envers du point de vue dominant, se veut en fait très proche du point de vue psychologique de la saisie du monde. Pour illustrer son propos, François Martin de Volnay convoque ainsi l'inconscient, le conscient et les synchronicités (telles que définies par Carl Jung).
Alors, le futur détermine t il réellement le passé ou bien est ce seulement une illusion ?
Même les pères fondateurs de cette théorie n'ont pas pu s'empêcher de la tordre et de vouloir la plier à leurs idéologies, leurs croyances. Max Planck est à l'origine de l'idée du quanta d'énergie (en travaillant sur le rayonnement émis par un corps chauffé), mais dans une perception ondulatoire de celle ci, en accord avec toutes les interprétations officielles dues à Young, Huygens, Euler, Fresnel, Faraday et Maxwell en cours depuis trois siècles déjà. Il a cependant souhaité toute sa vie ne voir dans cette hypothèse "désespérée" qu'un artifice mathématique pour éviter de vivre avec cette idée d'une énergie discontinue de la matière tant elle heurtait son sens commun, son idéal peut-être aussi.
Lorsque Einstein, en travaillant sur l'effet photoélectrique, démontre que la lumière est aussi constituée de quanta d'énergie, il participe ainsi à l'émergence plus tard du travail de Schrödinger sur la fonction d'onde. Mais quand Max Born propose l'interprétation probabiliste de cette fonction d'onde, cela heurte un grand nombre de physiciens, dont Einstein et Schrödinger lui-même. C'est la raison pour laquelle ce dernier invente cette expérience de pensée dite du chat, pour tenter de démontrer l'absurdité d'une telle interprétation probabiliste et donc d'une incomplétude de la théorie de cette mécanique quantique !
Si la mécanique quantique a heurté depuis toujours les convictions les plus intimes des physiciens eux-mêmes, comment voulez vous qu'elle ne heurte pas le simple humain, dénué de bagages scientifiques et armé de son seul bon sens ?
Albert Einstein est si résolu à ne pas accepter le caractère probabiliste et donc non déterministe de la mécanique quantique qu'il imagine avec deux collègues (Podolsky et Rosen), en 1935, une expérience de pensée pour prendre la théorie en flagrant délit d'incomplétude. C'est la fameuse expérience EPR.
En 1964, John Bell fait de cette spéculation métaphysique une proposition vérifiable expérimentalement. Il démontre ainsi que si le paradoxe EPR est correct, alors ses inégalités (inégalités de Bell) sont violées. Il aura fallu attendre les années 1980 pour que Alain Aspect et son équipe effectuent une série d'expériences pour calculer les fameuses inégalités de Bell et donc répondre au paradoxe EPR. Des expériences plus récentes ont de même augmenté la précision des mesures et ont toujours donné la même réponse : les inégalités de Bell sont violées, la théorie de la mécanique quantique est donc complète et nous impose de voir la réalité différemment, au delà de notre bon sens !
La réalité est donc non-locale.
La réalité est que l'espace possède un caractère holistique.
La réalité est que RIEN ne permet formellement de distinguer un objet d'un autre.
La réalité se comprend en terme d'interconnexion, d'interdépendance.
La réalité de l'espace apparaît discontinue, quantifiée, bien que pour l'étudier, nous ayons choisi depuis toujours des outils et des raisonnements basés sur la continuité.
Pourquoi avoir fait ces choix initiaux ? Tout bêtement parce que ces raisonnements apparaissaient plus proches du "bon sens" et surtout plus simples à étudier; les outils physiques et mathématiques donnaient des résultats plus simples et plus rapides à calculer !
Partant de ce constat, comment imaginer alors un espace formalisé par des opérateurs discontinus ? Est ce d'ailleurs aussi simple que cela ? N'y aurait il pas "intrication" entre continuité et discontinuité ?
Certains développements récents en physique théorique se sont penchés sur ces questions : espace basé sur des fonctions non différentiables, espace basé sur une géométrie non commutative, par exemple, pour tenter de reformaliser l'ensemble de la physique à partir d'une autre métrique. A ce jour, et tout du moins à ma connaissance, aucun autre concept majeur n'a été validé par l'expérience.
Mais........l'espace, dans notre univers 4D, est aussi lié au temps, non ? Alors, qu'en est il de la réalité du temps en fin de compte ?
John Wheeler, physicien théoricien, a imaginé de modifier la célèbre expérience d'optique des Fentes de Young, dans une version dite "du choix retardé du photon". Son expérience est parfaitement relaté par Trinh Xuan Thuan dans "Les voies de la Lumière" mais aussi fort bien explicité par François Martin dans sa conférence à Génève en février 2009 (déjà cité). Cette expérience a été vérifié en 1987 et 2007 notamment.
Bien évidemment, les physiciens dans leur majorité ne veulent pas interpréter les résultats de cette expérience car cela remet ou semble remettre trop en cause la fameuse causalité, la flèche "classique" du temps.
Suivant en cela John von Neumann (à son époque), François Martin déclare nettement qu'il n'y a pas deux réalités de temps différentes (l'une à l'échelle microscopique et l'autre à l'échelle macroscopique) mais bien deux interprétations différentes d'une unique réalité.
La première interprétation, qui choque notre "bon sens" est "classique" et nous contraint à oser écrire que l'observateur, en modifiant un paramètre de l'expérience, lorsque celle ci est en cours, va modifier le passé du photon. Autrement et trivialement dit : le futur détermine le passé ! D'autant plus que Wheeler a montré que cette expérience peut s'imaginer de manière analogue, non pas en laboratoire, sur des temps très petits, mais dans l'espace stellaire, en interceptant un faisceau de photons qui a pris sa source il y a des millions voire des milliards d'année ! La causalité des évènements en prend un coup !
La deuxième interprétation est "quantique" et nous propose que en modifiant un paramètre de l'expérience, alors que celle-ci est en cours, (le photon, en l'espèce, a été émis par sa source), nous modifions uniquement la reconstitution "classique" du passé du photon (tel que notre conscience le perçoit) et pas le passé "quantique", le "vrai" passé du photon. Nous respectons la causalité des évènements.
Explications : La mécanique quantique nous propose deux "plans" de la réalité : l'une "quantique" où la particule suit un mouvement entièrement déterminée par la fonction d'onde. Mais ce mouvement n'est pas interprétable, il n'est finalement imputable ni à une onde, ni à une particule. Il est là. Que peut on en dire d'autres ? En l'espèce, le photon existe en une superposition d'états quantiques évoluant de manière déterministe. On peut aussi parler de champ électromagnétique quantique étendu sur tout l'espace-temps, donc non localisable strictement, ni dans l'espace, ni dans le temps. Il n'existe pas, à ce jour, dans la métaphysique occidentale dominante, de représentations, d'images, de symboles, autres que l'opérateur mathématique, qui puisse, par analogie, faire comprendre simplement ce qui se passe là. Richard Feynman avait pris comme image : la particule prend tous les chemins possibles (potentiels) et il avait réussi à trouver une approche de calcul très innovante grâce à cette analogie : la fameuse "intégrale de chemin".
Dans ce plan "quantique" de la réalité, quoi que l'observateur fasse à n'importe quel moment de l'expérience en cours, rien ne change pour la particule, son "passé" n'est pas bouleversé, son avenir non plus a contrario.
En revanche, dans le plan "classique" de la réalité, celui relié à notre conscience éveillée, celui relié à la mesure physique, à la détection du champ électromagnétique, à la détection de la particule, nous pouvons décider du chemin pris par la particule en fonction de l'action que nous opérons sur l'expérience. C'est à dire que notre observation va opérer un choix et dans le cas de cette expérience du photon retardé, nous aurons l'illusion de modifier le "passé" du photon, mais en réalité, nous modifions seulement notre perception "classique" de ce passé. Nous faisons des choix, en observant la particule, en faisant une mesure, sur la reconstruction "classique" du passé du photon. Le passé "classique" n'existe qu'à partir du moment où il a été enregistré au présent. Cette interprétation conserve la causalité des évènements car pour l'évènement lui-même, il y a détermination complète, mais pour l'observateur, il y a indétermination du passé et c'est son acte, son geste d'observation qui va lever l'indétermination.
En fait, cette interprétation en deux plans permet d'éviter le paradoxe de la particule qui "remonte" le temps, la causalité inverse (la conséquence est avant la cause) et renvoie "dos à dos" l'objet observé dans "sa" réalité quantique déterministe, et le sujet observant dans "sa" réalité "classique" probabiliste. Cette interprétation métaphysique (dans la mesure où évidemment, elle dépasse le strict point de vue "physique" et opérationnelle du calcul), à l'envers du point de vue dominant, se veut en fait très proche du point de vue psychologique de la saisie du monde. Pour illustrer son propos, François Martin de Volnay convoque ainsi l'inconscient, le conscient et les synchronicités (telles que définies par Carl Jung).
Alors, le futur détermine t il réellement le passé ou bien est ce seulement une illusion ?
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vendredi 12 février 2010
Paysage et Spatialisation du temps
Vous êtes sur une colline devant un paysage qui s'étend devant vous. Il fait beau, l'air est doux, vous voyez sur 180°, un espace familier : votre maison, l'école de vos enfants, l'église d'un village, une belle villa là haut sur une autre colline devant vous, une croix à l'endroit d'un carrefour..Bref, l'espace, tel que vous le concevez depuis tout petit, s'étend là devant vos yeux, comme une carte dépliée. Cet espace en trois dimensions : hauteur, largeur, longueur, cet espace en 3D que vous voyez grâce à votre équipement ultra sophistiqué de vision : vos yeux, en relief ! Cet espace vivant, où tout bouge, même très doucement, les voitures, les piétons, les vélos, les nuages, les feuilles des arbres etc...Cet espace vivant où tout n'est que mouvement.
Mais mouvement où ? Au moins dans l'espace !
Tiens, vous décidez d'aller en pensée au carrefour symbolisé par cette croix que vous apercevez, là-bas. Elle est à quoi, 1,5 km de vous, cette croix ? Comment y aller vraiment ? A pied, vous mettrez 20 minutes environ par le chemin. A vélo, vous y serez en 5 minutes. En voiture, comptez 1 minute et 30 secondes. Cet endroit, finalement, est à 1,5 minute ou 5 minutes ou 20 minutes de vous et pourtant il est à 1,5 km. Vous pensez donc que cet endroit est "fixe" et attends là que vous arriviez. Vous pensez que la croix est "fixe", "immobile", comme tout repère "fixe" dans la paysage, dans l'espace. C'est bien pour çà que comme tout le monde, vous repérez cet endroit en distance d'espace : 1,5 km. C'est tangible. C'est sûr. C'est réel.
Pourtant, pour aller vraiment à cet endroit de l'espace repéré par une croix, vous devez vous déplacer. Du coup, cet endroit se trouve soit à 1,5 minutes, soit à 5 minutes soit à 20 minutes de vous en fonction du moyen de locomotion que vous choisissez. Du coup, cet endroit d'espace devient moins fixe et sûr : il est soudain plus ou moins proche de vous, il est soudain lié à un certain indéterminisme, le vôtre, en fonction de votre choix de déplacement. Le paysage que vous regardez devient soudain moins fixe et sûr car en fonction du moyen de locomotion que vous choisissez pour vous déplacer physiquement dans cet espace, les "objets" n'ont pas les mêmes "emplacements". En fonction des chemins possibles utilisables, l'église peut être plus proche que la maison ou l'inverse, l'école se trouve "avant" le carrefour ou l'inverse, la villa est "après" l'école ou l'inverse etc...En fonction des possibles déplacements, l'espace s'organise, se désorganise, se structure différemment : quelle horreur ! Pourtant, vous vivez cette situation tous les jours.
Tous les jours, vous faites des choix de déplacement qui peuvent être différents, et tous les jours, vous vous déplacez donc dans un espace différent. Pourquoi ? A cause du temps.
En fait, vous vivez dans un espace-temps 4D où le temps est également une dimension liée aux trois autres. D'ailleurs, dans vos "petits" déplacements quotidiens, vous vous déplacez en réalité presque uniquement dans le temps : vous savez qu'en gros, il vous faut 5 min pour aller à l'école déposer vos enfants, puis 15 minutes pour aller au boulot, puis vous ferez environ 2 h de voiture aujourd'hui pour aller voir des clients etc...Vous comptez en temps, votre déplacement spatial. Rien de plus banal. Votre espace de vie, entre la maison, l'école, le supermarché, l'endroit où vous travaillez, les gens que vous allez visiter et rencontrer, le cabinet du médecin, le bureau du notaire, le cinéma ou le restaurant le soir, le café du coin, tout votre espace est devenu du temps.
Et c'est "normale" cette attitude. Car l'espace est aussi du temps. On peut même, comme vous le vivez aujourd'hui, comme vous le ressentez, dire que l'espace n'est que du temps. Peu importe le chemin physique pour aller d'un endroit à un autre, ce qui compte vraiment, c'est le "chemin" temporel : combien de temps ?
Ce transfert psychologique, psychique, entre un ressenti spatial et un ressenti temporel de l'espace qui nous entoure est symptomatique de notre époque. Mais il a été long à se mettre en place, il aura fallu des millénaires d'évolution pour que, physiquement, nous puissions accélérer notre déplacement dans l'espace jusqu'au point actuel où même virtuellement, nous testons des déplacements imaginaires instantanés grâce aux jeux vidéos "embarqués" (où le joueur "rentre" physiquement dans le jeu grâce à des capteurs numériques qui étendent son corps physique dans un autre espace "virtuel"). Un jour prochain, nous nous baladerons "entièrement" avec notre corps relié à des capteurs numériques, dans l'internet, dans les espaces des serveurs d'ordinateurs, dans toute cette "virtualité" actuelle. Mais demain, si nous considérons qu'un tel déplacement est "réel", comment appellerons nous ces espaces ? Dans quoi d'ailleurs nous déplacerons nous en vérité, en réalité ? Uniquement dans le temps, car notre vrai corps physique sera immobilisé quelque part dans son espace à lui, vous savez, celui où, plus jeune, vous regardiez le paysage depuis la colline ? Ce n'est pas de la fiction, tout ceci existe déjà, vous avez de tels équipements chez vous, non ? Demain, ils seront simplement encore plus perfectionnés....
Que faisons nous alors lorsque nous ne pensons qu'au temps, nous ne vivons que dans le temps : nous recréons un espace ! Nous re-déployons un espace autour de nous où la proximité ne se définit pas comme dans le paysage depuis la colline. La proximité est liée quelque part au Principe de Moindre Action, mais comme nous vivons essentiellement dans le temps, l'intervalle à "minimiser" est essentiellement du temps. Cependant, en faisant cela, nous intégrons, nous structurons un autre espace. Cet espace qui est aussi du temps. Ce temps qui est aussi de l'espace. Nous ne pouvons pas sortir de "cela". Tout bêtement parce que l'espace-temps dans lequel réside notre corps (au moins) est régi par 4 degrés de liberté essentiels, par 4 dimensions liées ensemble.
Puisque nous avons tous besoin de visualisations, d'images, j'ai trouvé ceci qui illustre mon propos : une carte du monde "temporelle". Cette mappemonde ressemble à celle que nous connaissons tous, pourtant, les couleurs vous éclairent sur le temps de déplacement qui sépare un endroit d'un autre (et non directement la distance). Plus c'est brillant, plus il y a de proximité, plus c'est sombre voire noir, plus l'endroit est isolé.
Prenez maintenant cette carte et changez de légende, retraitez les données comme suit : à chaque "point" à lequel correspond une durée, affectez une distance (ex. 1 minute = 1 mm; 10 min = 10 mm; etc..) et vous verrez alors l'espace du monde se déformer et se reformer en fonction de la "proximité" qui nous unit. La carte sera contractée là où actuellement elle est brillante et distendue là où elle est noire. Le paysage aura changé !
L'espace a besoin de temps pour se déployer mais le temps a aussi besoin de l'espace pour se déployer. Les deux sont unis et liés et nous vivons çà tous les jours...
Comme quoi, prendre conscience, avec nos sens, que nous vivons dans un espace-temps à 4D, ce n'est pas si difficile que çà, non ?
Mais mouvement où ? Au moins dans l'espace !
Tiens, vous décidez d'aller en pensée au carrefour symbolisé par cette croix que vous apercevez, là-bas. Elle est à quoi, 1,5 km de vous, cette croix ? Comment y aller vraiment ? A pied, vous mettrez 20 minutes environ par le chemin. A vélo, vous y serez en 5 minutes. En voiture, comptez 1 minute et 30 secondes. Cet endroit, finalement, est à 1,5 minute ou 5 minutes ou 20 minutes de vous et pourtant il est à 1,5 km. Vous pensez donc que cet endroit est "fixe" et attends là que vous arriviez. Vous pensez que la croix est "fixe", "immobile", comme tout repère "fixe" dans la paysage, dans l'espace. C'est bien pour çà que comme tout le monde, vous repérez cet endroit en distance d'espace : 1,5 km. C'est tangible. C'est sûr. C'est réel.
Pourtant, pour aller vraiment à cet endroit de l'espace repéré par une croix, vous devez vous déplacer. Du coup, cet endroit se trouve soit à 1,5 minutes, soit à 5 minutes soit à 20 minutes de vous en fonction du moyen de locomotion que vous choisissez. Du coup, cet endroit d'espace devient moins fixe et sûr : il est soudain plus ou moins proche de vous, il est soudain lié à un certain indéterminisme, le vôtre, en fonction de votre choix de déplacement. Le paysage que vous regardez devient soudain moins fixe et sûr car en fonction du moyen de locomotion que vous choisissez pour vous déplacer physiquement dans cet espace, les "objets" n'ont pas les mêmes "emplacements". En fonction des chemins possibles utilisables, l'église peut être plus proche que la maison ou l'inverse, l'école se trouve "avant" le carrefour ou l'inverse, la villa est "après" l'école ou l'inverse etc...En fonction des possibles déplacements, l'espace s'organise, se désorganise, se structure différemment : quelle horreur ! Pourtant, vous vivez cette situation tous les jours.
Tous les jours, vous faites des choix de déplacement qui peuvent être différents, et tous les jours, vous vous déplacez donc dans un espace différent. Pourquoi ? A cause du temps.
En fait, vous vivez dans un espace-temps 4D où le temps est également une dimension liée aux trois autres. D'ailleurs, dans vos "petits" déplacements quotidiens, vous vous déplacez en réalité presque uniquement dans le temps : vous savez qu'en gros, il vous faut 5 min pour aller à l'école déposer vos enfants, puis 15 minutes pour aller au boulot, puis vous ferez environ 2 h de voiture aujourd'hui pour aller voir des clients etc...Vous comptez en temps, votre déplacement spatial. Rien de plus banal. Votre espace de vie, entre la maison, l'école, le supermarché, l'endroit où vous travaillez, les gens que vous allez visiter et rencontrer, le cabinet du médecin, le bureau du notaire, le cinéma ou le restaurant le soir, le café du coin, tout votre espace est devenu du temps.
Et c'est "normale" cette attitude. Car l'espace est aussi du temps. On peut même, comme vous le vivez aujourd'hui, comme vous le ressentez, dire que l'espace n'est que du temps. Peu importe le chemin physique pour aller d'un endroit à un autre, ce qui compte vraiment, c'est le "chemin" temporel : combien de temps ?
Ce transfert psychologique, psychique, entre un ressenti spatial et un ressenti temporel de l'espace qui nous entoure est symptomatique de notre époque. Mais il a été long à se mettre en place, il aura fallu des millénaires d'évolution pour que, physiquement, nous puissions accélérer notre déplacement dans l'espace jusqu'au point actuel où même virtuellement, nous testons des déplacements imaginaires instantanés grâce aux jeux vidéos "embarqués" (où le joueur "rentre" physiquement dans le jeu grâce à des capteurs numériques qui étendent son corps physique dans un autre espace "virtuel"). Un jour prochain, nous nous baladerons "entièrement" avec notre corps relié à des capteurs numériques, dans l'internet, dans les espaces des serveurs d'ordinateurs, dans toute cette "virtualité" actuelle. Mais demain, si nous considérons qu'un tel déplacement est "réel", comment appellerons nous ces espaces ? Dans quoi d'ailleurs nous déplacerons nous en vérité, en réalité ? Uniquement dans le temps, car notre vrai corps physique sera immobilisé quelque part dans son espace à lui, vous savez, celui où, plus jeune, vous regardiez le paysage depuis la colline ? Ce n'est pas de la fiction, tout ceci existe déjà, vous avez de tels équipements chez vous, non ? Demain, ils seront simplement encore plus perfectionnés....
Que faisons nous alors lorsque nous ne pensons qu'au temps, nous ne vivons que dans le temps : nous recréons un espace ! Nous re-déployons un espace autour de nous où la proximité ne se définit pas comme dans le paysage depuis la colline. La proximité est liée quelque part au Principe de Moindre Action, mais comme nous vivons essentiellement dans le temps, l'intervalle à "minimiser" est essentiellement du temps. Cependant, en faisant cela, nous intégrons, nous structurons un autre espace. Cet espace qui est aussi du temps. Ce temps qui est aussi de l'espace. Nous ne pouvons pas sortir de "cela". Tout bêtement parce que l'espace-temps dans lequel réside notre corps (au moins) est régi par 4 degrés de liberté essentiels, par 4 dimensions liées ensemble.
Puisque nous avons tous besoin de visualisations, d'images, j'ai trouvé ceci qui illustre mon propos : une carte du monde "temporelle". Cette mappemonde ressemble à celle que nous connaissons tous, pourtant, les couleurs vous éclairent sur le temps de déplacement qui sépare un endroit d'un autre (et non directement la distance). Plus c'est brillant, plus il y a de proximité, plus c'est sombre voire noir, plus l'endroit est isolé.
Prenez maintenant cette carte et changez de légende, retraitez les données comme suit : à chaque "point" à lequel correspond une durée, affectez une distance (ex. 1 minute = 1 mm; 10 min = 10 mm; etc..) et vous verrez alors l'espace du monde se déformer et se reformer en fonction de la "proximité" qui nous unit. La carte sera contractée là où actuellement elle est brillante et distendue là où elle est noire. Le paysage aura changé !
L'espace a besoin de temps pour se déployer mais le temps a aussi besoin de l'espace pour se déployer. Les deux sont unis et liés et nous vivons çà tous les jours...
Comme quoi, prendre conscience, avec nos sens, que nous vivons dans un espace-temps à 4D, ce n'est pas si difficile que çà, non ?
mercredi 3 février 2010
Utopie et Mensonge
Je crois qu'il est vain de transcrire mes impressions, mes idées, mes intuitions, en voulant suivre une ligne. La première évoquée est le temps : retrouver un semblant de chemin en retrouvant un début et donc un milieu et une fin. La pensée ne fonctionne pas comme cela, en tout cas, pas la mienne. Ecrire le préambule de ce blog paraissait une chose facile tant les mots étaient déjà là. Puis, il m'est apparu qu'ils faisaient semblant d'être déjà là. Il fallait réécrire un article jamais écrit. Cela me fait réfléchir au sens du temps psychique et à l'instant. Comment croire que l'on a déjà fait quelque chose alors que rien de tangible ne s'est passé à part un "mouvement" de pensées hors du temps.
Réécrire cet article était une écriture neuve en fait. Réécrire cet article m'a permis de tester d'autres chemins et d'en aligner un ce jour là. En partant d'une source rencontrée il y a plus d'un an mais en charriant toutes les rencontres depuis ! Utopique et mensonger.
Ecrire ne se pratique qu'à l'instant. A l'instant, nous expérimentons alors le déploiement des possibles dans cet espace exigu mais essentiel qui ouvre un chemin sur l'après. Cette expérience est unique. Cette expérience introduit le temps dans l'espace ainsi exposé, découvert, ouvert simplement.
Ouvrir l'espace, y introduire le temps. Ressentir ce mouvement.
Quelle importance a le reste ?
Je vais donc suivre plusieurs lignes à la fois...
Réécrire cet article était une écriture neuve en fait. Réécrire cet article m'a permis de tester d'autres chemins et d'en aligner un ce jour là. En partant d'une source rencontrée il y a plus d'un an mais en charriant toutes les rencontres depuis ! Utopique et mensonger.
Ecrire ne se pratique qu'à l'instant. A l'instant, nous expérimentons alors le déploiement des possibles dans cet espace exigu mais essentiel qui ouvre un chemin sur l'après. Cette expérience est unique. Cette expérience introduit le temps dans l'espace ainsi exposé, découvert, ouvert simplement.
Ouvrir l'espace, y introduire le temps. Ressentir ce mouvement.
Quelle importance a le reste ?
Je vais donc suivre plusieurs lignes à la fois...
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