dimanche 24 octobre 2010

L'Amour - La Solitude - Partie B


Dans L'amour La Solitude, partie A, j'ai présenté ma lecture personnelle d'une partie de ce livre de André Comte-Sponville : "L'amour la solitude". Cette lecture m'a permis de prendre avec moi des enseignements amicaux, de les agréger, de les transformer et de les exposer différemment.

Car toute re-présentation est une re-connaissance.


L'amour, La solitude : Violence et Douceur

André Comte-Sponville (ACS) s'entretient ici avec Judith Brouste, écrivain et amie du philosophe. Que l'entretien, ici, soit entre un homme et une femme n'est pas anodin pour la teneur de la co-écriture exposée.
Je prétends également que parler d'amour et d'intimité de l'amour n'est réellement fécond pour l'esprit de "l'honnête homme/femme" que si le dialogue s'instaure entre deux personnes de sexe opposé. Car seule l'opposition apporte, par l'ambivalence également implicitement ou explicitement présente, une "voie de sortie" autre que fusionnelle et/ou consensuelle, bref inextinguible. Mais deux personnes de sexe opposé n'arrivent pas toujours, hélas, à engendrer cette "sortie verticale": cet argument me semble nécessaire mais non suffisant...

ACS parle ici d'abord de son amour de la littérature que, jeune, il a exploré avec avidité. Et puis, un jour, il a pris conscience que la vie, "la vie surtout, la vie toute simple, toute vraie, et tellement difficile", s'était glissée là, dans ce rêve que jusque là, il entretenait avec elle. "La vie est un roman suffisant, non ?"

Car la vie est là et éclaire les blessures et la fragilité des hommes. "Ce que les gens disent, le plus souvent, ne sert qu'à les protéger : rationalisations, justifications, dénégations... A quoi bon ?"

La parole devrait pourtant servir à cesser de se cacher.

ACS parle aussi des philosophes et de leurs systèmes philosophiques. "Un système est un vêtement, qui protège et masque. J'aime mieux la nudité des corps et des idées. (...)A quoi bon inventer un système ?"

Oui, rendu à ce point, moi également, je me demande s'il est toujours bon "d'inventer" des systèmes ou du moins de les raconter, de les relever, de les exposer, de les relier : à quoi bon ? Et bien, il semble qu'ACS esquisse une réponse : pour se rapprocher de sa blessure, "plutôt, comme presque toujours, que de tourner autour ou d'essayer de la dissimuler."
Finalement, et je l'ai déjà raconté, "créer" un système ou s'en emparer (ce qui au moins pour soi revient au même) c'est se permettre de verbaliser l'indicible qui est là. C'est une certaine manière de s'emparer de son être pour le transmettre, ensuite. Le trans-mettre où ? Le mettre , mais trans-formé. S. Prajnanpad nous l'a enseigné déjà : l'unique chemin qui vaille est celui qui vous fait être, ici et maintenant.

Ainsi, un système ne fait point voyager au sens commun du terme, il existe pour trans-former l'être, indépendamment de l'espace-temps envisagé. C'est à dire alors qu'accumuler les systèmes revient à se dénuder : voilà un joli mouvement d'antagonismes ! A ne pas galvauder ni raccourcir : accumuler les idées et les systèmes formels d'idées permet la nudité in fine, pas l'accumulation de biens matériels ou de divertissements littéraires...

Mais, et c'était un thème récurrent dans certains de mes échanges amicaux de ces derniers mois, jusqu'où se dénuder, se demande t on ? (non, sans malice évidemment) (ou de manière plus "systémique" : jusqu'où "décentrer" le référentiel ?)
Il semble y avoir deux réponses possibles :
- jusqu'à accumuler suffisamment d'idées, de systèmes, de référentiels, donc d'informations, pour atteindre un état maximal de pertinence, donc pour exposer du sens. Cette pertinence exposée, détruisant alors non l'information accumulée mais le ou les sens précédemment relevés. L'accumulation, ici, engendre alors une destruction en même temps qu'une émergence, de sens, de pertinence. Cette destruction peut être assimilée à un "déshabillage" aboutissant peu à peu à une "nudité"et l'émergence peut être assimilée à un re-centrage ou bien un mouvement vers le "cœur" de l'être. La nudité est alors liée à ce que l'être est "le plus en propre" : se dénuder pour cesser de se cacher, se dénuder pour se trouver, en quelque sorte...
- jusqu'à être confronté au néant de l'ennui, de la vanité, de la futilité, de la solitude et de la tristesse. Cela doit être nécessaire sinon suffisant pour prendre conscience, alors, du plein de l'amour, de la joie, de l'humilité, de la gravité et de l'interdépendance absolue des êtres.

Comme dit ACS : "la question n'est pas de savoir si la vie est belle ou tragique, dérisoire ou sublime (elle est l'un et l'autre évidemment), mais si nous sommes capables de l'aimer telle qu'elle est, c'est à dire de l'aimer."

Sommes nous alors capables d'aimer ? Et qu'est ce donc que l'amour ?

Le "déshabillage" est analogue "au débarrassage des pelures " de soi-même : un passage par l'ombre, une certaine mort de "soi", de l'ego. La vraie "vie vraie" est là mais l'ego s'en empare et prend toute la place. F. Midal et C. Trungpa nous ont déjà appris cela : comment les "passages", les seuils, (initiatiques ?), les bardo, peuvent être autant de "résurrections" pour vivre un "présent qui dure", cette éternité de l'instant qui dure.

L'absence à "soi", à son ego, n'est pas alors dispersion ou folie mais son exact contraire : "disponibilité; non divertissement, mais accueil.(...) attention." L'absence à soi, à son ego, est alors un affranchissement, une libération, un don : "que peut on prendre au don, quand il n'a rien à donner que soi ? (...) La vie libérée de soi : l'éternité. Le désir libéré du manque : l'amour. La vérité sans phrases : le silence."

Eternité, Amour, Silence. Ce n'est point mystique ni encore moins mystérieux : c'est le simple de la vie !

André Comte-Sponville nous a déjà enseigné comment l'espérance et la dés-espérance étaient liés à l'amour (voir L'amour, la solitude, partie A). Il rappelle ici, avec Judith Brouste, le relativisme de Spinoza : "ce n'est pas parce qu'une chose est bonne que nous la désirons, c'est parce que nous la désirons que nous la jugeons bonne." Alors, l'amour, le désir, semble premier. Mais, précise ACS, "c'est le Réel qui est premier, mais il ne vaut que par et pour l'amour."
L'amour est désir, l'amour est jouissance, en puissance (potentielle) et en action (actuelle).
Et il ne faut pas confondre le désir du manque (la souffrance) et le désir de la présence : l'amour.

Ainsi désirer, aimer un être serait se réjouir de son existence, "qui est là", et non de son manque à notre ego; se réjouir de sa différence, de sa singularité qui constitue son être indivisible et non des écarts mesurés ou mesurables à notre ego. ACS rappelle alors les trois "visages" traditionnels de l'amour : (eros, philia et agapé). L'amour qui prend, celui qui partage et enfin le dernier qui donne. Vision "tri-dimensionnelle" de l'amour, vision "inclusive" de ce sentiment qui lie ensemble deux antagonistes reliés par un tiers inclus : prend, donne, partage.
S. Lupasco, dois je le rappeler, nous a appris de manière générique qu'une triade ainsi constituée contient une tension, est une tension.
L'amour, ainsi défini, est une tension. Ce que, finalement, tout à chacun, sait déjà...

Et cette tension est violence. Et cette tension est douceur.

André et Judith abordent alors l'amour physique : la violence de la sexualité. " Dans le sexe, on risque son identité, celle de l'autre. On risque de ne plus savoir qui on est, de perdre ses petits repères." Oui, le sexe révèle certainement "un peu de la vie à l'état pur : bouleversante, effrayante. Toujours collée à la mort. Toujours collée à soi.(...) un bloc d'abîme (...) la nuit obscure : l'horreur éblouissante."

Car le sexe est amorale, comme la vie, et "c'est aussi pourquoi il nous oblige à en avoir une" : les comportements sexuels sont moralement indifférents mais certains sont moralement condamnables. La littérature n'a rien inventé : "l'horreur est en nous, en nous la bête et le bourreau."
Sade ou G. Bataille n'ont rien inventé, pas plus que tous les auteurs de toutes époques ayant écrit sur la sexualité et ses différents "visages" (érotisme, pornographie...) (comme le montre cette page wiki.)

L'Origine du monde de G. Courbet - 1866

La sexualité est puissance de vie comme de mort. "Post coïtum omne animal triste est". C'est que, selon ACS, l'animal "a vu la vie face à face, et qu'elle ressemble à la mort comme sa sœur jumelle". La sexualité assène ainsi cette gravité de la vie, obscure et effrayante : "sous l'amour, la mort".
Nous avons déjà vu cela d'une certaine manière avec le Dr Girard dans Feminin/Masculin... où l'analogie du renversement proposé entre les deux sexes peut aussi se lire comme le renversement ultime (intégrant le temps en l'espèce) entre la vie et la mort. Le complexe de castration freudien relu par Marc Girard comme le "complexe de la détumescence phalique" (c'est moi ici qui raccourcit le propos) rejoint d'emblée ce que nous raconte A. Comte-Sponville ici et prend ainsi, s'il en était besoin, une autre légitimité : en effet, il apparait plus clair car plus banal, plus quotidien, l'effroi devant la détumescence réelle et pragmatique de l'homme que devant une castration imaginaire de la femme. Cet effroi fait peur, la mort fait peur, c'est pourquoi le sexe fait peur, mais comme le précise ACS, très sage, n'exagérons pas ces abîmes non plus : "nos plaisirs sont plus ordinaires, nos abîmes, plus médiocres.(...) Le corps est plus simple que les discours qu'on fait autour, et plus proche de la bête, pour le meilleur et pour le pire, que du divin..."

Et l'amour "qui se fait" est aussi douceur.

"Tu n'es aimé que lorsque tu peux montrer ta faiblesse, sans que l'autre s'en serve pour affirmer sa force" nous rappelle ACS en citant T.W. Adorno dans Minima moralia.

L'amour est alors ici "une puissance qui refuse de dominer,  une force qui refuse de s'exercer". L'amour est aussi douceur : "c'est la vie même, qui dévore et qui protège, qui prend et qui donne, qui déchire et qui caresse...
L'amour-douceur ainsi défini rappelle les mots de RM Rilke ds le Printemps :

Que vaudrait la douceur
Si elle n’était capable,
Tendre et ineffable,
De nous faire peur ?
                           
Elle surpasse tellement
Toute la violence
Que, lorsqu’elle s’élance,
Nul ne se défend.
Judith Brouste, ici, s'oppose au philosophe ami : "l'expérience m'a appris qu'à montrer sa faiblesse, l'autre s'y engouffre pour la rendre plus grande. Je ne crois pas aux bienfaits de l'amour. Je ne crois pas au paradis du sexe."
ACS lui répond que si elle pointe ici les "bienfaits de l'état amoureux", lui non plus n'y croit pas. Le sentiment amoureux, la passion, n'est pas le tout de l'amour, nous l'avons déjà vu avec la triade, plus haut. Eros exalté, c'est le "délire de l'imaginaire et du désir, ce narcissisme à deux...(...) Ce n'est qu'un leurre de l'ego."

La vraie question selon le philosophe "est de savoir s'il faut cesser d'aimer quand on cesse d'être amoureux (...) ou bien s'il faut aimer autrement, et mieux." De nombreux couples nous montrent la voie possible, la voie difficile, comme le soulignais Rilke : ...Il est bon aussi d'aimer; car l'amour est difficile."




Je me suis demandé alors cependant s'il n'était point possible d'aimer entièrement et inconditionnellement une personne sans passer par Eros. Est ce alors de l'amour en totalité, en entier ? La logique exposée ici voudrait que non. On oublie alors un peu vite l'amour filial par exemple où la douceur de l'amour prime sur sa violence. ACS le rappelle : "et c'est ce que la mère sait bien, ce que l'enfant sait bien, et par quoi l'humanité s'invente, (...) en surmontant la bête malgré tout qui la dévore."
Car même si certains enfants entrevoient parfois la bête, chez l'adulte censé les aimer et les protéger, il n'en reste pas moins enfants et adultes advenus, aimants et aimables, pouvant aimer et être aimé. La violence ou l'ego-ïsme est peut-être nécessaire à la totalité de l'amour mais ils ne sont pas justement suffisants pour le définir ou le détruire.

Alors, le sentiment amoureux dans l'amour ?

Et bien, j'ose prendre les mots de ACS pour finir et répondre à la question du type de femme que j'aime : "Celles qui ne se font pas d'illusions sur les hommes, et qui les aiment pourtant" En ajoutant, pour ma part : ...inconditionnellement.


"Ces femmes existent, (...), et c'est le plus cadeau qu'elles puissent nous faire : un peu d'amour vrai, de désir vrai, de plaisir vrai...C'est ce que j'aime dans la nudité, dans la sexualité, dans la rencontre risquée des corps : cette vérité parfois qui s'y joue, qui s'y dévoile, qui s'y abandonne...Cela suppose, presque toujours, qu'on prenne le temps de se connaitre, de s'apprivoiser, de s'aimer. Puis la vie passe, et nous passons avec elle..."


à suivre...


lundi 4 octobre 2010

Relience V


Dans Relience IV, je constate que le "point" ou la "vue" générique pour nous saisir de l'univers est analogue à une "boucle", à une "mise en relation relationnelle", c'est à dire elle-même "en relation à", soit au final à "une relation à la relation". Pour que cette relation à la relation soit générique, il est nécessaire d'étudier comment différents modèles de saisie de savoirs deviennent opérants chacun dans leur domaine. Cela définit la multi-disciplinarité. Depuis le début et sûrement car c'est un langage-symbole qui m'est plus familier, je me sers ici plus fréquemment de modèles mathématiques ou issus de la physique. Les derniers offrent l'avantage d'être par définition ad hoc pour ce genre d'exploration. En revanche, ici, il n'est point question d'objets physiques ou mathématiques proprement dit mais plutôt de la relation que tout à chacun est susceptible d'entretenir avec eux. Quel est donc la nature générique de cette relation ? Il me semble qu'elle est informationnelle. Ainsi la relation à la relation serait de l'information. Cette notion transverse permettrait ainsi d'établir des passerelles "logiques" entre différents systèmes organisant des faits ("évènements"). Ainsi, la relation à la multi-disciplinarité serait une notion transverse. N'est ce point comme cela que B. Nicolescu définit d'ailleurs la Trans-Disciplinarité ? 

Dans Singularité et Homogénéité en Champagne, je rends hommage à un métier et une fonction passionnante : maitre de cave en Champagne. Cette fonction est analogue à celle du "nez" dans la parfumerie ou à toute fonction qui nécessite d'assembler une diversité hétérogène en une unité homogène mais complexe. En ce sens, assembler une cuvée de brut sans année chez Bollinger revient à une individuation : rendre indivisible une diversité, voire même, rendre visible unitairement une multitude non visible d'emblée. S'agirait il d'une ontologie ?

Dans Formalisations Lupasciennes, je condense la systémogénèse de S.Lupasco, en tant que science des systèmes possibles, en une formule concise, sorte de suite "transfinie" d'un triplet "d'opérateurs" (lupasciens) dont la nature mathématique exacte resterait à définir. Il est possible néanmoins que cette suite va formaliser la relation à la relation générique (car objectivée n fois ?) et in fine l'information elle-même. 

Dans Monde des Dieux et Asuras.., je décris précisément deux états (sur 6) du système informationnel "lupascien" décrivant le "bardo" du bouddhisme tibétain. Chogyam Trungpa avait certainement réussi le tour de force en explicitant ce concept essentiel en séminaires, de transmettre l'idée de multiples doubles flux antagonistes fonctionnant en cycles ("boucles"), image cependant passée complètement inaperçue à l'époque selon moi. Ces deux premiers états pointent deux antagonismes : Dieux et non Dieux, comme les deux états opposés les plus "énergétiques"(les plus subtiles)  du système global. Le lien avec la lumière (au sens d'énergie électromagnétique) est "naturelle" pour le monde des dieux et des asuras, énergie dont la potentialisation et l'actualisation prend sa source dans le vide quantique, énergie dont la nature est duale, soit onde, soit particule.
Ces deux premiers états mettent également en relation la "folie" (divers états mentaux comme la paranoïa, la schizophrénie..) et l'égo avec le non-égo (le soi et le non-soi). Notre relation d'occidental avec ces concepts devrait ainsi être mis en relation....


Dans Austime : le complexe Systemizing/Empathising..., je m'intéresse à nouveau aux TSA par les modèles développés par l'équipe de S. Baron-Cohen : de la "bonne" science appliquée statistique et probabilitaire ! Ces modèles et ces Quotients élaborés pour décrire les TSA ont l'avantage par rapport à d'autres de proposer une unité c'est à dire une réduction avec son complémentaire : ainsi SQ est le complémentaire de EQ, ce qui se traduit pour l'individu atteint de TSA à considérer aussi bien ses "forces" que ses "faiblesses". D'autre part, S. Baron-Cohen a proposé l'équation linéaire reliant AQ (le quotient "synthétique" déterminant la "gravité" des troubles TSA) aux deux facteurs co-variants EQ et SQ. Ces modèles doivent être vus comme une mesure de la potentialisation de la maladie, son actualisation devant toujours être mesurée par les outils classiques de psychanalyse en face à face avec le patient. Ainsi, en ce sens, l'information reçue par ces modèles dépasse la simple frontière malade/non-malade ou "normal/a-normal", malgré la réduction proposée d'emblée sur des axes linéaires, car faire soi-même ces tests, c'est aussi se saisir de la "proximité" pertinente (ou proxémie signifiante) avec les personnes diagnostiquées pour l'Autisme et cela "nourrit" la relation à la relation avec ces êtres...


Dans La théorie E/S : vade-mecum pour AQ , je propose un "digest" avec tout ce qu'il faut savoir sur les tests-modèles développés précédemment, pour se situer soi-même sur ces axes de connaissances liés à l'autisme. Cela complète aussi une approche périphérique de la mesure de l'intelligence, comme nous l'avions évoqué précédemment dans plusieurs articles sur ce blog, et ce, bien que S. Baron-Cohen ne se soit pas encore saisi d'une étude sur les liens statistiques entre QI et AQ par exemple.


Dans Paul Klee : précis de mécanique plastique, je rapporte ma "découverte" de l'œuvre de Paul Klee grâce à mon regard sur son regard (photo de lui prise en 1929 à Bethany), quelques œuvres de lui scrutées à l'Orangerie à Paris en juillet 2010 et par quelques-uns de ses écrits parmi les plus connus. Ainsi, la finalité n'est pas ici de regarder les peintures de cet artiste inventif et prolifique, mais de se saisir du regard qu'il portait lui-même non  sur ses œuvres terminées mais sur ses créations en train de se faire. Etre le regard n'est pas être le peintre mais seulement se relier à sa relation avec sa création. Seule cette relation à la relation permet à chacun de voir et de comprendre...


Dans L'Amour La solitude partie A : je me glisse presque effrontément (?) dans un "dialogue épistolaire" du philosophe André Conte-Sponville avec un de ses amis pour produire une co-ré-écriture, une co-re-lecture d'une partie de son ouvrage. J'y convoque d'autres sages et/ou philosophes en acceptant aussi de me livrer sur ces deux "sujets" universels. Une vue à la fois centrée et dé-centrée...


Dans Baguenauder dans la visualisation de la complexité , je rapporte comment le travail d'un étudiant génial en design peut nous permettre d'élargir notre "vision" de la complexité et in fine de nous fournir de nouveaux modèles visuels génériques à notre prise du monde, à notre "vue" sur le Réel que je formalise pour l'occasion par une "méta^n vue", c'est à dire...une boucle relationnelle, une relation à la relation générique...Nous avons vu ici que cela semble avoir un lien avec notre relation à l'information...!


Dans Partir & Revenir : un paradigme du seuil , j'expose comment mes humeurs à l'approche des vacances peut nous fournir une illustration lupascienne de la phase liminaire de A. Van Gennep. En retour, par réciprocité informationnelle, il est plaisant de constater que l'information ainsi obtenue fournit une pertinence nouvelle à notre compréhension du Tiers Inclus. L'exercice illustré par ce billet "d'humeur" propose ainsi de montrer comment la relation à la relation (informationnelle) dans un "statut" de réciprocité engendre non pas la nouveauté au sens strict mais la...pertinence. L'état informationnel d'un système-objet en réciprocité avec son système-sujet (observateur) permet de fournir le sens. Il nous reste à déterminer génériquement de quelle manière...


Relience V semble proposer une rupture épistémologique à cette "quête" de la réunion et de la transmission de savoirs issue d'une singularité. Il est délicat d'y proposer déjà un sens. En revanche, il est dans mon intention de laisser ce canal ouvert. Sans doute plus que jamais...


Je remercie ici le lecteur visible ou invisible qui, par son intention de lecture, au moins, contribue, même inconsciemment, à enrichir cette vue. Et oui, je crois aussi à l'intention inconsciente, au sens jungien plutôt que freudien il me semble d'ailleurs !!!

lundi 20 septembre 2010

Partir & Revenir : un paradigme du seuil ?

A l'écoute : The Meaning of Life de Dajla

J'ai enfin pris avec moi cet été que j'ai "besoin" de quelques jours pour changer de rythme, les premiers jours de vacances étant quasiment toujours insupportables pour mon entourage (!). Je n'ai pas en revanche compris pourquoi, encore, bien que des pistes s'offrent à moi...

Ces moments de perturbation sont des instants de changement et peuvent se rapprocher ainsi du concept de "seuil". Avant ce seuil, l'obsession est de partir, après ce seuil, l'intention est de ne pas rentrer, entre les deux, je ne sais plus rien, je ne ressens plus rien, tout semble là, en désordre, le verre est à la fois à moitié plein et à moitié vide, l'action est vaine et la pensée mouline à "vide".

Ainsi se dégagent trois "éléments" ou plutôt une vue ternaire de cette perturbation liée au changement. Cela nous rappelle un changement d'état en physique-chimie... Cela se rapproche aussi de la phase liminaire conceptualisée par Arnold van Gennep dans son ouvrage "Les Rites de Passage" édité en 1909. Ethnologue de formation, A. van Gennep va relier sous le vocable "Rite de Passage" un ensemble de rites jusque là vus sans aucun rapport : l'image qui lui sert  de lien est le seuil.
Nicolas Journet nous l'explique très bien ici : "C'est sur ce motif spatial - celui du franchissement d'un seuil - que van Gennep construit l'image qui va lui permettre de comparer un très grand nombre de rites, habituellement considérés comme sans rapports les uns avec les autres : rites de fécondité, fêtes calendaires, cérémonies de mariage, baptêmes, circoncisions, rites de purification, cérémonies d'accès à une fonction, à une société guerrière ou religieuse, à un culte totémique ou ancestral, initiations chamaniques, etc."

Or, précise N. Journet, ce seuil se relie bien à une structure ternaire : pré-liminaire, liminaire (sur le seuil)  et post-liminaire. Cette image de trois phases liées ensemble nous rappelle aussi Discontinuité et A-causalité où j'ai étudié la triade lupascienne {continu, seuil, discontinu }. Du point de vue de l'acteur, ajoute N. Journet, cette vue (ou tri-vue) peut aussi s'interpréter par les trois phases suivantes : "séparation (de l'état ou du lieu antérieur), marge (entre deux), et agrégation (à un nouvel état)".
Ainsi, la phase "liminaire" de van Gennep est aussi une phase "marginale" qu'il est bien tentant ici de relier par analogie au tiers inclus de S. Lupasco.

Or, l'image la plus rigoureuse certainement du tiers inclus lupascien consiste en la définition suivante : un état où co-existe "simultanément" un double antagonisme de propositions non-contradictoires mais opposées, cet état définissant ainsi un irréductible contradictoire absolu entre deux non-contradictions relatives (selon B. Nicolescu). Cet état, S. Lupasco l'a martelé dans ses ouvrages, est l'exact opposé de la synthèse hégélienne ou marxiste consistant selon lui en une fusion dissolvante des contradictions. Dans le tiers inclus, il n'y a aucune dissolution, bien au contraire, mais intégration c'est à dire ouverture d'un espace, accès à une dimension supplémentaire voire à un autre "niveau de réalité" selon Nicolescu. La dissolution pourrait dans ce cas être interprétée comme une dés-intégration.
"Irréductible contradictoire" signifie bien littéralement que dans le niveau de réalité où sont situés les deux évènements contradictoires, la contradiction n'y est jamais "réduite" et présente.

Une analogie géométrique apporte ici de la clarté. Prenons une hyperbole formée par la cissoïdale de deux droites sécantes quelconques :
Étant donné deux droites sécantes et un point A en dehors de ces droites, le lieu des points M tels que P et Q sont les deux points d'intersection avec les asymptotes d'une droite variable passant par A, est l'hyperbole passant par A et d'asymptotes les deux droites de départ  (on en déduit facilement que l’hyperbole est la cissoïdale de deux droites sécantes). 
Si nous considérons chaque demi-hyperbole comme analogue aux "chemins"de deux évènements contradictoires et opposés (e et non-e) alors chaque droite sécante asymptote de l'hyperbole est analogue à la réduction sur le plan affine d'un tiers inclus lupascien (T). Parler ici de "réduction" équivaut à écrire l'égalité suivante xy = (c/2)^2, équation de l'hyperbole dans le repère formé par les asymptotes (où c est la demi-distance focale) car "atteindre" l'analogue d'un tiers inclus lupascien consisterait plutôt à écrire par exemple l'inégalité suivante: xy > (c/2)^2. Nous reviendrons plus tard sur cette formalisation...

Ainsi, passer d'une demi-hyperbole à une autre nécessite "un saut" au-dessus d'une asymptote, cette dernière, par définition ne contenant jamais aucun point de l'hyperbole. Ce saut s'accompagne en outre à chaque fois d'un changement de "signe" des coordonnées des points de la courbe. Il y a donc comme une inversion de polarité.
Cette inversion est donc "contenue" dans le tiers inclus, siège irréductible de la contradiction et seuil/passage entre e et non-e.

Cette inversion, Victor Turner l'a conceptualisée clairement en ethnologie, en poursuivant les travaux de A.van Gennep, et l'a associé à la phase liminaire, au seuil. Ainsi, comme le rapporte N. Journet, "Turner en arrive-t-il à une interprétation beaucoup plus large de la dynamique sociale : toutes les sociétés seraient construites sur une opposition entre structure et antistructure." Entre les deux, le passage/seuil, la phase liminaire permet à l'individu social de prendre conscience à la fois de la structure et de l'anti-structure, de la séparation et de l'agrégation, de l'avant et de l'après. C'est exactement analogue à la position du tiers inclus T qui "contient" à la fois une part de l'évènement e et une part "égale" mais opposée de l'évènement non-e antagoniste. C'est exactement analogue, comme je l'ai illustré dans Bardo : au delà de la folie..., à l'état de bardo , concept opératif du bouddisme tibétain selon C.Trungpa.
Cette inversion reliée au seuil/passage est certes transitoire mais néanmoins consubstantielle du changement.

Ainsi, heureusement pour mon entourage, mon changement d'humeur post-liminaire à l'état de vacance de mon esprit en "vacances" d'été est transitoire et s'agrège sans difficulté aux humeurs de mes semblables en congés, après s'être séparé avec conflit des ambiances de travail...

"Partir, revenir" : un modèle paradigmatique du seuil ?

mardi 3 août 2010

Baguenauder dans la Visualisation de la Complexité...

A l'écoute : Days of Wine and Roses de Michel Petrucciani 

L'été dernier (2009), en baguenaudant sur la toile numérique, j'ai découvert le projet visual complexity de Manuel Lima.

Manuel Lima a créé "blogviz" au cours de ses études à la Parsons School of Design de New York (The New School for Design) où il a passé son Master of Fine Arts en design et technologies. Blogviz permet de visualiser en quelque sorte le flux dynamique d'informations dans la "blogosphère" et a été créé au départ pour analyser pendant 64 jours consécutifs de 2005, les flux des adresses URL les plus citées parmi les entrées quotidiennes des blogs.

Visual Complexity (VC) a débuté la même année avec le but déclaré de permettre une compréhension critique de méthodes de visualisation différentes des réseaux au travers de "disciplines" diverses (biologie, réseaux sociaux, web, sciences..). Chaque projet retenu dans VC (il en existe 730 au moment où j'écris) l'est pour diverses raisons : il offre une réelle avancée en terme de méthodes ou techniques de description visuelle ou il illustre une singularité réelle dans le choix du sujet ou alors il montre un réel réseau complexe au sens "chaotique" du terme ou tout au moins un certain degré de connectivité irrégulière mais systématique. Manuel Lima propose comme illustration du "chaos" les travaux sur les cellular automata (CA) ou automates cellulaires en français. Le trait commun et réducteur à tous ces projets est qu'ils illustrent tous que "le tout est plus que la somme des parties".

dimanche 1 août 2010

L'Amour - La Solitude - Partie A

A l'écoute : Jasmine de Keith Jarret et Charlie Haden

La lecture de André Comte-Sponville (ACS) et de Svami Prajnanpad (voir Voir et Connaitre) m'a permis de rencontrer quelques personnes. L'une d'entre elles, AD, est devenue une amie et nos échanges épistolaires ont contribué à un co-enrichissement mutuel. Suite à quelques ouvrages de Fabrice Midal (dont nous reparlerons plus tard), elle m'a indiqué "L'amour la solitude" de ACS. (éditions Livre de Poche - Albin Michel - 2000).

Ce petit ouvrage (dont la première édition remonte à 1992) est construit d'ailleurs comme un échange épistolaire entre trois interlocuteurs et le philosophe : des conversations écrites ou un "dialogue épistolaire" selon le mot même de l'auteur.
"La vérité, ici, importe plus que la beauté, le plaisir, plus que le travail; la vie, plus que l'œuvre."

Il est de mon point de vue impossible de résumer un tel ouvrage tant la pensée de son auteur est riche, dense, alerte, pleine et concentrée de tant de concepts exprimés en si peu de mots, tant il relie d'espaces par le choix pertinent de son vocable : cette plénitude ne se laisse pas re-saisir aisément. Aussi, je prends le parti de me glisser dans le cheminement des conversations et par résonances multiples d'infiltrer mes propres expériences et lectures. Il s'agit ici plutôt d'une sorte de co-écriture où tout en respectant la liberté de ACS d'exprimer ses idées, j'exprime les miennes...

vendredi 30 juillet 2010

Paul Klee : Précis de Mécanique Plastique

J'ai visité très récemment l'exposition sur Paul Klee au musée de l'Orangerie à Paris: quelques œuvres de la collection de la fondation Ernst Beyeler, surtout de la fin de la vie du peintre (1879-1940).
Je connaissais très peu la peinture de P.Klee. J'ai cependant été happé par sa personnalité qui ressort des citations et commentaires émaillant l'exposition. Des phrases très connues des professeurs d'Art du monde entier m'ont frappé par leur résonance avec ce qui me traverse ici : cela m'a poussé à acheter et lire "Théorie de l'art moderne", édition de divers textes écrits par Paul Klee, chez Denoël pour la traduction française par P.H. Gonthier (présente édition chez Folio Essais).

Aujourd'hui, Paul Klee est reconnu comme un des peintres majeurs du XXè siècle et sa production est riche de plus de 9800 œuvres dont 4000 environ sont regroupées au Zentrum Paul Klee de Berne. En revanche, ses travaux théoriques sont d'après PH Gonthier mal connus en France et peut-être à cause de "l'humilité du langage de Klee, son laconisme, voire ici ou là une apparence trompeuse de pédanterie [qui] représentent en fait la cristallisation -- épurée parfois jusqu'à l'auto-destruction -- d'une somme incroyable de connaissances, de réflexions, d'informations."

Cet homme, cet artiste, m'est apparu soudain très complexe.

mercredi 28 juillet 2010

La Théorie E-S : Vade-Mecum pour AQ !

Dans Autisme : le complexe Systemising/Empathising, nous avons longuement commenté une partie des travaux de l'équipe de Simon Baron-Cohen (SBC) sur la théorie E-S et l'EMB. Nous avons également présenté les quatre tests principaux (AQ, SQ, SQ-R et EQ), corrélés entre eux, qui permettent à chacun de se situer sur l'échelle du continuum autistique (le fameux "spectre" de Lorna Wing d'où la dénomination en anglais : ASC = Autistic Spectrum Conditions équivalent à TSA = Troubles du Spectre Autistique).

Nous allons ici reprendre simplement les principaux chiffres et tableaux issus d'un ensemble de publications à des fins pratiques d'utilisation individuelle. Passer de tels tests en ligne, c'est bien, mais avoir à disposition ensuite les éléments nécessaires à leur mise en relation, c'est mieux !